Le Sénat a franchi une étape déterminante dans la libéralisation du transport ferroviaire en imposant l'ouverture de SNCF Connect, la plateforme numérique de réservation de billets de la SNCF. Cette décision intervient contre l'avis de l'entreprise publique, qui redoute des conséquences financières importantes.

Selon les estimations transmises par la SNCF aux parlementaires, l'arrivée de concurrents sur son application pourrait entraîner une perte de chiffre d'affaires de 320 millions d'euros sur une période de deux ans. Ce montant correspond à la diminution attendue des commissions perçues sur les ventes de billets, ainsi qu'à l'érosion de sa base de clients directs.

L'opérateur historique juge cette perspective préoccupante pour l'équilibre de ses comptes, alors que le groupe est déjà confronté à une concurrence accrue sur les lignes à grande vitesse. La SNCF faisait valoir que SNCF Connect constitue un outil stratégique, à la fois pour la distribution et pour la relation client, et que son ouverture forcée risquait de fragiliser son modèle économique.

Le Sénat, en adoptant cette mesure, a estimé que les bénéfices pour les voyageurs – en termes de choix, de transparence des prix et d'innovation – l'emportaient sur les risques financiers pour l'entreprise. Les sénateurs se sont appuyés sur les principes de la concurrence voulue par la réglementation européenne dans le secteur ferroviaire.

Cette décision s'inscrit dans un mouvement plus large d'ouverture du marché ferroviaire français, qui a vu l'arrivée de nouveaux opérateurs sur les liaisons intérieures ces dernières années. L'accès aux canaux de distribution numériques était jusqu'ici verrouillé par la SNCF, ce qui constituait un frein à la concurrence selon les partisans de la libéralisation.

La mise en œuvre concrète de l'ouverture de SNCF Connect devra être précisée dans les prochains mois, notamment sur les modalités techniques et tarifaires applicables aux tiers revendeurs. La SNCF, de son côté, n'a pas exclu de contester la mesure ou de demander des compensations financières.