Un livre blanc pour faire pression
SpaceX a intensifié ces dernières semaines ses démarches auprès des institutions européennes. Dans un livre blanc transmis à plusieurs États membres et eurodéputés, la société fondée par Elon Musk exprime son « surprise » face à une proposition de loi de la Commission européenne déposée il y a environ un mois. Le texte prévoit une répartition du spectre mobile satellite (MSS 2 GHz) qui, selon SpaceX, ne lui réserverait qu’une part trop réduite, compromettant le déploiement de son service Starlink en Europe.
Un investissement de 20 milliards de dollars en jeu
Pour développer Starlink et lui conférer des capacités 4G à l’échelle mondiale, Elon Musk a engagé près de 20 milliards de dollars. L’entreprise estime que la régulation européenne pourrait limiter l’accès au marché à partir de 2027, remettant en cause la rentabilité de cet investissement colossal. Dans son document de plaidoyer, SpaceX juge le projet bruxellois « plus politique que technique » et appelle à une révision du cadre proposé.
Des implications pour l’Ukraine
L’alerte de SpaceX ne se limite pas aux enjeux commerciaux. L’entreprise souligne que Starlink joue un rôle crucial dans les opérations militaires et civiles en Ukraine, où le service est utilisé pour maintenir les communications malgré les destructions des infrastructures traditionnelles. Un bridage de Starlink en Europe aurait des répercussions sur l’approvisionnement de ce territoire en connectivité, affaiblissant la capacité de Kiev à coordonner sa défense. La proposition de loi européenne, si elle restreint l’exploitation des fréquences par SpaceX, pourrait indirectement affecter l’aide technologique apportée à l’Ukraine.
Un lobbying actif à Bruxelles
Tout au long du mois de juin, les représentants de SpaceX ont multiplié les rencontres avec des fonctionnaires européens et des parlementaires. L’objectif est d’obtenir des aménagements législatifs avant que le texte ne soit examiné en séance plénière. L’entreprise déplore que la Commission n’ait pas suffisamment pris en compte les investissements déjà réalisés et les engagements contractuels de Starlink. Elle propose en contrepartie de garantir une part du spectre pour ses besoins propres, sans nuire aux autres opérateurs.
Un contexte concurrentiel tendu
Parallèlement, le marché du mobile par satellite connaît une effervescence. Le concurrent Amazon, via son projet Leo, s’associe à Globalstar pour offrir des services à bas débit sans rencontrer les mêmes obstacles réglementaires en Europe. SpaceX voit donc la pression s’accentuer sur deux fronts : réglementaire à Bruxelles et concurrentiel aux États-Unis. La décision finale sur l’attribution des fréquences est attendue pour 2027, mais les débats en cours vont déterminer la place que pourra occuper Starlink sur le Vieux Continent.
Réactions politiques
Les eurodéputés qui ont reçu le livre blanc se montrent divisés. Certains estiment que l’Europe doit préserver sa souveraineté en matière de télécommunications spatiales, tandis que d’autres jugent que couper les ailes à Starlink risquerait de fragiliser les alliés ukrainiens. Aucune position officielle de la Commission n’a filtré depuis la transmission du document. Le débat promet d’être vif à l’automne, lorsque le texte sera soumis au Parlement européen.