Les autorités chinoises ont officiellement revendiqué, fin juin, le droit d'engager des poursuites contre des individus et des organisations situés hors des frontières nationales qui enfreindraient sa nouvelle loi sur l'unité ethnique. Cette disposition, présentée comme légale et conforme aux pratiques internationales par un haut responsable du ministère de la Justice, a provoqué une vive inquiétude parmi les groupes de défense des droits humains et dans les territoires que Pékin considère comme siens, en particulier Taïwan.

Un cadre légal contesté Adoptée en mars dernier, la loi sur l'unité ethnique vise officiellement à renforcer une « identité nationale partagée » entre les 55 minorités ethniques officiellement reconnues en Chine, parmi lesquelles les Tibétains et les Ouïghours. Le texte est entré en vigueur le 1er juillet 2026. Une clause spécifique prévoit que des personnes ou entités extérieures à la République populaire de Chine peuvent être tenues juridiquement responsables d'actes « nuisant à l'unité et au progrès ethnique ou incitant au séparatisme ethnique ».

Lors d'une conférence de presse tenue à Pékin le 24 juin, le vice-ministre de la Justice, Hu Weilie, a justifié cette disposition. Il a déclaré que « cette disposition est fondée sur les conditions nationales de la Chine, conforme aux principes juridiques et cohérente avec la pratique internationale ». Il a ajouté qu'il s'agissait d'une « disposition légale, légitime, nécessaire et réalisable ». M. Hu a également accusé certains médias occidentaux, sans les nommer, d'avoir « déformé et mal interprété » la clause extraterritoriale.

Craintes pour les dissidents en exil Les critiques de cette loi y voient un outil supplémentaire pour réprimer toute contestation, y compris celle venue de l'étranger. L'affaire de Zhang Yadi, 23 ans, connue sous le prénom de Tara, illustre ces inquiétudes. Étudiante en France, elle aurait été arrêtée en juillet 2025 alors qu'elle se trouvait dans la province du Yunnan, en visite en Chine, après avoir publié sur les réseaux sociaux un message souhaitant un bon anniversaire au dalaï-lama et avoir contribué à une plateforme en ligne promouvant les droits des Tibétains. Elle serait détenue et accusée d'« incitation à la scission du pays et à la rupture de l'unité nationale ». Son cas est perçu comme un avertissement pour les exilés politiques.

Réactions internationales La dimension extraterritoriale de la loi a suscité des réactions diplomatiques. Des membres du Parlement européen ont adressé une lettre aux États membres les exhortant à envisager la suspension des traités d'extradition avec la Chine. Ils ont prévenu que si la loi venait à cibler des citoyens européens, cela pourrait « entraîner de graves conséquences pour les relations entre l'UE et la Chine ».

À Taïwan, que Pékin considère comme une province chinoise, les autorités s'inquiètent que cette loi offre une nouvelle base juridique pour poursuivre les responsables politiques taïwanais jugés « séparatistes » par le pouvoir central.

Un équilibre entre image et répression Cette législation entre en vigueur alors que la Chine mène une vaste campagne de séduction à l'international, assouplissant les conditions de visa pour les visiteurs de 77 pays et encourageant les voyages d'influenceurs sur son territoire. L'objectif affiché est de moderniser son image. Pourtant, des organisations de défense des droits humains dénoncent ce qu'elles qualifient d'« assimilation forcée » et craignent que la loi ne serve à museler les critiques à l'étranger.

M. Hu a assuré que la mise en œuvre de la loi n'affecterait pas « les échanges normaux entre les peuples entre la Chine et les autres pays, les discussions académiques, la coopération économique et commerciale ou d'autres activités ». Il a ajouté que la disposition visait à « prévenir les activités illégales » et à « sauvegarder la souveraineté, la sécurité et les intérêts de développement de la Chine ».