Alors que le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine a franchi le seuil symbolique d’un milliard d’euros par jour, Pékin a lancé une contre-offensive diplomatique d’ampleur. Ces derniers jours, plusieurs hauts responsables chinois sont montés au créneau pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « campagne de diffamation » menée par Bruxelles au sujet des surcapacités industrielles du géant asiatique.

Des accusations rejetées en bloc

Lors d’un point de presse tenu mardi, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a vivement contesté le diagnostic européen. « Les causes profondes des problèmes auxquels l’UE est confrontée ne se trouvent pas en Chine », a-t-il déclaré, laissant entendre que les difficultés économiques de l’Union résultaient de choix internes. Cette intervention faisait suite à la rencontre, la veille à Bruxelles, entre le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, et le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao. Les entretiens, censés apaiser les tensions, n’ont visiblement pas produit l’effet escompté.

« Pour être franc, nous n’avons pas autant d’argent », a lancé un autre haut responsable chinois, cité par plusieurs observateurs, en référence aux accusations selon lesquelles Pékin subventionnerait massivement ses industries pour inonder les marchés étrangers. Selon lui, les surcapacités chinoises ne sont que la conséquence d’un ralentissement de la consommation intérieure, contraint par une demande atone, et non le fruit d’une stratégie délibérée de dumping.

Un déficit qui enflamme les relations

Le déficit commercial de l’UE vis-à-vis de la Chine atteint désormais 360 milliards d’euros sur un an, soit plus d’un milliard d’euros par jour. Ce chiffre, régulièrement mis en avant par Bruxelles, a justifié une escalade rhétorique et des menaces de mesures de rétorsion. L’Union européenne accuse la Chine de maintenir artificiellement ses prix bas grâce à des aides d’État massives, en particulier dans les secteurs des véhicules électriques, de l’acier et des panneaux solaires, ce qui mettrait en péril l’industrie européenne.

Pékin rejette cette analyse et affirme que ses exportations répondent à une demande mondiale légitime. Les autorités chinoises estiment que l’Europe devrait plutôt se concentrer sur sa propre compétitivité plutôt que de chercher des boucs émissaires. « Les mesures protectionnistes prises par l’UE ne résoudront pas ses problèmes structurels », a ajouté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Le spectre d’une guerre commerciale

Ces échanges acrimonieux interviennent dans un contexte déjà tendu. Bruxelles a récemment adopté des droits de douane supplémentaires sur les voitures électriques chinoises, tandis que Pékin mène une enquête antisubventions sur les importations de brandy et de porc européens. La Commission européenne envisage par ailleurs d’autres outils pour « rééquilibrer le rapport de force », selon les termes employés par des responsables européens.

Les divisions internes à l’UE compliquent toutefois la mise en œuvre d’une réponse unifiée. Plusieurs États membres, dont l’Allemagne et la Hongrie, craignent une escalade qui nuirait à leurs propres exportations vers la Chine. Cette fracture affaiblit la position de Bruxelles face à Pékin, qui exploite ces divergences pour souffler le chaud et le froid.

Une stratégie chinoise de plus en plus offensive

Officiellement, Pékin se dit prêt à dialoguer pour trouver une issue négociée. Mais le ton employé ces derniers jours traduit une volonté de ne pas céder face à ce que la Chine perçoit comme une offensive injuste. Le déficit commercial, de l’avis des experts, ne devrait pas se résorber à court terme. La demande intérieure chinoise reste atone, et les entreprises chinoises continuent d’écouler leurs excédents de production sur les marchés extérieurs.

L’enjeu est de taille pour les deux blocs. Pour l’UE, il s’agit de préserver sa base industrielle tout en évitant une rupture commerciale aux conséquences économiques lourdes. Pour la Chine, il s’agit de maintenir ses débouchés à l’exportation, essentiels à sa croissance, tout en contrant les accusations de pratiques déloyales.

Des négociations en suspens

La rencontre Sefcovic-Wang Wentao n’a pas débouché sur une avancée concrète. Les deux parties ont convenu de poursuivre les discussions techniques, mais aucun calendrier précis n’a été fixé pour une nouvelle réunion de haut niveau. En attendant, les déclarations se durcissent de part et d’autre, laissant planer le risque d’une escalade tarifaire aux conséquences imprévisibles pour l’économie mondiale.