La Chine a officiellement riposté, ce lundi, aux sanctions américaines qui visent ses sociétés technologiques. Le ministère du Commerce a dévoilé l'interdiction d'exporter des « biens à double usage » — des produits susceptibles d'avoir des applications tant civiles que militaires — vers dix entreprises américaines œuvrant dans le domaine de la défense. Cette décision fait suite à l'inscription, début juin, de plusieurs groupes chinois, parmi lesquels les géants du numérique Alibaba et Baidu, sur la liste du Pentagone répertoriant les entités considérées comme liées à l'armée chinoise.
Des mesures de rétorsion ciblées
Les entreprises américaines frappées par cette mesure sont : AVEOX (Simi Valley, Californie) ; Red Cat Holdings et Teal Drones (South Salt Lake, Utah) ; IMSAR (Springville, Utah) ; Jaia Robotics (Bristol, Rhode Island) ; Ball Aerospace & Technologies (Broomfield, Colorado) ; Oshkosh Defense (Oshkosh, Wisconsin) ; L3Harris Maritime Services (Norfolk, Virginie) ; MP Materials (Las Vegas) ; et USA Rare Earth (Stillwater, Oklahoma). Plusieurs de ces sociétés figurent déjà sur la liste noire chinoise depuis 2024 ou 2025 en raison des ventes d'armes américaines à Taïwan.
Pékin a également élargi la portée de ses restrictions. Les entreprises ou les particuliers établis dans des pays tiers sont désormais interdits de transférer vers ces entités américaines des biens à double usage d'origine chinoise. Le ministère précise toutefois que les sociétés chinoises peuvent déposer une demande d'autorisation d'exportation pour des marchandises qu'elles jugeraient « véritablement nécessaires ».
Par ailleurs, le ministère des Finances a annoncé que les entités gouvernementales chinoises ne pourront plus acheter de produits auprès de 46 entreprises américaines, incluant plusieurs filiales de Lockheed Martin, Raytheon et General Dynamics. Aucune justification détaillée n'a été fournie pour cette interdiction.
Le contexte d'une escalade commerciale
Ces annonces interviennent dans le prolongement de la décision américaine, prise quelques semaines plus tôt, d'ajouter des entreprises technologiques chinoises — dont Alibaba et Baidu — à la liste du Pentagone des « sociétés liées à l'armée chinoise ». Cette désignation les prive de tout contrat de défense américain. Baidu a qualifié cette accusation de « totalement infondée ». Le ministère chinois du Commerce avait alors déclaré que ces sanctions américaines allaient à l'encontre du consensus atteint entre le président Xi Jinping et le président américain Donald Trump lors de la visite de ce dernier en Chine en mai.
Lors de l'annonce de lundi, le ministère a justifié sa mesure par la nécessité de « sauvegarder la sécurité nationale » et de répondre à ce qu'il appelle « l'expansion injustifiée de la soi-disant liste des entreprises militaires chinoises » par le gouvernement américain.
Ces nouvelles restrictions accentuent les tensions commerciales et technologiques entre les deux plus grandes économies mondiales, après une période d'apaisement relative lors de la rencontre de mai entre les deux chefs d'État. La question des ventes d'armes à Taïwan, que Pékin considère comme une province chinoise, demeure un point de friction majeur.