La France durcit sa politique de sanctions à l’égard de l’extrême droite israélienne.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé en début de semaine que Paris interdisait l’entrée sur son territoire au ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite nationale-religieuse. La mesure, officialisée mardi 9 juin, vise également quatre responsables d’organisations de colons et vingt et un colons qualifiés de « violents » par le gouvernement français.
Cette décision, qui constitue une première pour un membre du gouvernement israélien en exercice, reflète une escalade dans la réponse diplomatique française à la politique de colonisation israélienne en Cisjordanie et à la guerre dans la bande de Gaza. Bezalel Smotrich, ministre des Finances et ministre délégué au sein du ministère de la Défense, est un colon lui-même, résidant dans une implantation en Cisjordanie occupée. Il est connu pour ses déclarations hostiles aux Palestiniens et son soutien actif à l’expansion des colonies.
Les autorités françaises n’ont pas précisé la durée de cette interdiction, mais le ministre Jean-Noël Barrot a indiqué que cette mesure s’appliquait « pour les quatre responsables d’organisations de colons et 21 colons violents ».
Une réaction à des provocations répétées
L’annonce intervient dans un contexte de tensions diplomatiques accrues entre la France et Israël. Depuis plusieurs mois, Paris multiplie les gestes de désapprobation face à la politique du gouvernement de Benjamin Netanyahu. En février 2024, la France avait déjà imposé des sanctions à l’encontre de 28 colons israéliens, leur interdisant l’entrée sur le territoire français. La mesure contre Bezalel Smotrich marque un palier supplémentaire dans ce bras de fer.
Bezalel Smotrich, qui supervise également la politique de gestion des territoires occupés, s’était rendu célèbre pour avoir déclaré, après le 7 octobre 2023, qu’il n’y avait « pas de civils innocents à Gaza ». Il a également appelé à la réoccupation totale de la bande de Gaza et à l’installation de colonies israéliennes dans l’enclave. Ces positions radicales ont conduit plusieurs pays et organisations internationales à demander des sanctions à son encontre.
Une mesure qui pourrait avoir un impact limité mais un fort symbole
Si l’interdiction de séjour en France ne concerne qu’un nombre restreint d’individus, elle revêt une forte portée symbolique. Elle indique que la France est désormais prête à cibler des personnalités de premier plan du gouvernement israélien, et non plus seulement des colons ordinaires ou des militants. La décision pourrait inspirer d’autres capitales européennes à adopter des mesures similaires.
L’Union européenne a déjà condamné à plusieurs reprises la politique de colonisation israélienne, qu’elle considère comme illégale au regard du droit international. Certains États membres, comme l’Espagne ou l’Irlande, ont déjà appelé à des sanctions individuelles contre des ministres israéliens. La France, en agissant de manière unilatérale, cherche à maintenir une pression sur Israël tout en préservant sa capacité de dialogue.
Contexte de tensions au Proche-Orient
Cette annonce intervient alors que la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza se poursuit, avec un bilan humain très lourd. Parallèlement, la Cisjordanie connaît une recrudescence de violences de la part de colons, qui suscite l’inquiétude de la communauté internationale. Les Nations unies et plusieurs ONG ont documenté de nombreuses attaques contre des villages palestiniens, des confiscations de terres et des destructions de biens.
Le gouvernement français a également exprimé à plusieurs reprises son opposition à toute tentative de déplacement forcé des Palestiniens de Gaza. Paris continue de plaider pour un cessez-le-feu immédiat et la reprise des négociations en vue d’une solution à deux États.
Réactions en Israël
Du côté israélien, la décision française a été accueillie avec colère par les milieux nationalistes. Bezalel Smotrich n’a pas encore réagi publiquement, mais plusieurs de ses alliés politiques ont dénoncé une « ingérence inacceptable » et une « mesure antisioniste ». Le ministre israélien des Affaires étrangères, Israël Katz, a convoqué l’ambassadeur de France en Israël pour lui transmettre une protestation formelle.
La mesure française pourrait également compliquer les relations bilatérales entre Paris et Tel-Aviv, déjà marquées par des désaccords profonds sur la question palestinienne. Toutefois, la France maintient qu’elle reste un allié d’Israël, mais qu’elle entend exercer son droit de souveraineté pour interdire l’entrée à des personnes jugées indésirables.