Un exercice de projection technique, réalisé par des chercheurs et dont les résultats ont été rendus publics le 6 juillet, dresse un constat sans appel concernant la pollution aux PFAS, ces composés surnommés « polluants éternels ». Même en mobilisant des financements considérables, les infrastructures de décontamination ne parviendraient à éliminer qu'une infime fraction des rejets annuels de ces substances.

Selon les simulations, l'épuration ne porterait que sur moins de 2 % des volumes d'émissions actuelles. Ce chiffre met en lumière le défi technologique et financier que représente la lutte contre ces molécules, dont la persistance dans l'environnement est quasi infinie.

Un écart colossal entre l'effort et le résultat

Les auteurs de l'étude ont évalué l'efficacité des méthodes de traitement existantes si elles étaient déployées à grande échelle, sans tenir compte de la faisabilité économique ou logistique. Le résultat montre que, quels que soient les budgets alloués, les procédés actuels — qu'il s'agisse de filtration sur charbon actif, d'osmose inverse ou de résines échangeuses d'ions — ne peuvent capturer qu'une partie marginale des flux de PFAS.

La masse totale de ces substances libérée chaque année dans l'air, l'eau et les sols dépasse très largement la capacité de traitement cumulée des installations imaginées. En d'autres termes, même un programme d'investissement « faramineux », pour reprendre les termes employés par les analystes, ne suffirait pas à inverser la tendance.

Des implications pour les politiques publiques

Cette projection intervient dans un contexte où plusieurs gouvernements et instances européennes renforcent leur réglementation sur les PFAS, présents dans une multitude de produits du quotidien (téflon, vêtements imperméables, mousses anti-incendie, emballages alimentaires). Les conclusions des chercheurs suggèrent que la priorité ne peut plus reposer uniquement sur la dépollution, mais doit impérativement se concentrer sur la réduction à la source des émissions.

Les experts insistent sur le fait que, sans une diminution drastique de l'utilisation et du rejet de ces composés, les efforts d'assainissement resteront vains. Le chiffre de 2 % apparaît comme un plafond que les technologies actuelles ne peuvent dépasser, quel que soit le niveau de financement.

Un appel à un changement de paradigme

Les travaux apportent ainsi un élément scientifique solide aux débats sur la gestion des polluants éternels. Ils confirment que l'approche consistant à « nettoyer après coup » est structurellement inefficace. Pour les spécialistes, seule une politique de restriction forte en amont — interdisant ou limitant sévèrement la production et l'usage des PFAS — pourrait, à long terme, réduire la pression sur l'environnement.

L'étude ne précise pas les acteurs à l'origine de la modélisation. Toutefois, la diffusion de ces données nourrit les discussions en cours au sein des instances de régulation, notamment sur le projet de restriction européenne des PFAS, qui fait l'objet de vives négociations entre industriels et défenseurs de l'environnement.

Un enjeu sanitaire et écologique majeur

Les PFAS sont associés à divers effets nocifs pour la santé humaine (perturbation endocrinienne, atteintes hépatiques, certains cancers) et pour les écosystèmes. Leur caractère persistant signifie qu'ils s'accumulent dans les organismes et contaminent les ressources en eau sur de très longues périodes.

Les données publiées ce lundi rappellent que, même en mobilisant des moyens exceptionnels, les outils de remédiation ne peuvent tenir lieu de solution unique. Elles renforcent l'idée que la lutte contre les polluants éternels passe d'abord par un arrêt de leur dissémination.