L'état des réserves souterraines d'eau en France se dégrade nettement à l'entrée de l'été. Selon les relevés du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) au 1er juillet, plus de la moitié des points d'observation des nappes phréatiques présentent un niveau inférieur aux normales de saison. Seul un quart d'entre eux est comparable à la moyenne, tandis que le reste se situe au-dessus. Cette évolution intervient après un épisode caniculaire marqué en juin et un manque de précipitations qui dure depuis plusieurs mois.
Une vidange précoce et intense
La période de vidange – au cours de laquelle les nappes se vident après la recharge hivernale – a démarré dès le mois de mars, bien plus tôt que d'ordinaire. Elle s'est fortement accélérée sous l'effet conjugué de la hausse des températures, de la demande en eau accrue pour l'irrigation et les usages domestiques, et de l'absence quasi totale de pluies efficaces depuis le mois d'avril. « La vidange des nappes est en effet très marquée, on a des niveaux plus dégradés en juin 2026 qu'en juin 2025 », souligne David Ratheau, hydrogéologue et chef de projet au BRGM.
Les nappes dites réactives – qui répondent rapidement aux précipitations – sont toutes en vidange et de manière soutenue. Les nappes inertielles, plus lentes à réagir, connaissent également une baisse généralisée, à l'exception de deux secteurs : au sud de Strasbourg et en Savoie, où les niveaux se stabilisent. Des situations contrastées apparaissent aussi dans les grandes nappes de la Beauce et de l'Artois : la première conserve un niveau modérément haut grâce aux recharges antérieures, tandis que la seconde est modérément basse.
Des régions particulièrement vulnérables
Plusieurs territoires sont en situation déficitaire marquée. C'est le cas d'une partie du Grand Est (notamment les Vosges), des calcaires de Lorraine, du Massif central, des causses du Quercy et, surtout, du Limousin. « Dans cette partie du territoire, cela devient préoccupant, surtout s'il ne pleut pas ces prochaines semaines », avertit David Ratheau. La nature du sous-sol limousin, peu propice à l'emmagasinage de l'eau, rend la zone particulièrement exposée en cas de sécheresse prolongée.
Comparaison avec les années passées
La situation actuelle est nettement moins grave qu'au 1er juillet 2022, année marquée par une sécheresse historique. En revanche, elle est moins favorable qu'à la même date l'an dernier. Les projections pour les mois à venir restent incertaines. Météo-France estime à 70 % la probabilité d'un été plus chaud que la normale et à 50 % celle d'un été plus sec dans la moitié nord du pays.
Risques et enjeux à venir
La poursuite de la vidange pourrait entraîner plusieurs conséquences : une baisse du débit des cours d'eau, une hausse de leur température préjudiciable aux milieux aquatiques, une réduction du rendement des forages et une accentuation des tensions autour de l'usage de la ressource, notamment entre l'agriculture, le tourisme et l'alimentation en eau potable. Les prochaines semaines seront décisives : tout dépendra du volume des précipitations estivales.