Le patron de la start-up française Mistral AI, Arthur Mensch, a qualifié l'intelligence artificielle de «sujet de souveraineté stratégique» lors d'une intervention médiatique. Cette déclaration intervient alors que les grandes puissances technologiques et les États multiplient les investissements et les réglementations autour de l'IA.

Mistral AI, entreprise fondée en 2023 et basée à Paris, est devenue l'un des fers de lance européens dans le domaine des modèles de langage de grande taille (LLM), en concurrence directe avec des acteurs américains comme OpenAI et son produit ChatGPT. Arthur Mensch a insisté sur la nécessité pour la France et l'Europe de conserver une capacité d'innovation et de production autonome dans ce secteur.

Un enjeu technologique et politique

Selon le dirigeant, ne pas maîtriser les technologies d'IA reviendrait à dépendre entièrement de fournisseurs étrangers, ce qui poserait des risques en matière de sécurité, de données et de compétitivité économique. Il a notamment évoqué la question des infrastructures de calcul (datacenters) et des talents, deux ressources clés pour le développement de modèles performants.

Cette position s'inscrit dans un débat plus large au sein de l'Union européenne, qui tente de concilier innovation et régulation avec l'AI Act, entré en vigueur par étapes depuis 2024. Plusieurs pays, dont la France, plaident pour un soutien accru aux champions nationaux face aux géants états-uniens et chinois.

Des annonces récentes

Mistral AI a récemment annoncé une levée de fonds importante, ce qui témoigne de la confiance des investisseurs dans le modèle européen. La société propose également des solutions ouvertes, contrairement à certains concurrents qui gardent leurs modèles propriétaires. Arthur Mensch a souligné que le fait de maintenir une partie de la technologie en open source permettait de garantir une plus grande transparence et un meilleur contrôle par les utilisateurs.

Vers une IA «made in Europe» ?

Le dirigeant a appelé les pouvoirs publics à soutenir davantage la filière, notamment via des commandes publiques et des investissements dans la recherche fondamentale. Il a estimé que l'Europe dispose des atouts nécessaires pour rester dans la course, à condition d'agir collectivement et rapidement.

Cette vision stratégique rejoint les préoccupations exprimées par d'autres acteurs européens du secteur, qui craignent que le Vieux Continent ne devienne un simple marché d'adoption de technologies développées ailleurs, sans capacité de décision sur les orientations futures.