Alors que les espoirs d'une reprise rapide du trafic dans le détroit d'Ormuz se multiplient, les économistes tempèrent les attentes d'un reflux immédiat de l'inflation. Même si la voie d'eau venait à être rouverte dans les prochains jours, les pressions sur les prix devraient se maintenir pendant plusieurs trimestres, en raison de déséquilibres profonds accumulés durant la crise.
Des chaînes d'approvisionnement en convalescence
Le principal facteur expliquant ce délai réside dans la désorganisation des chaînes logistiques mondiales. Pendant la fermeture du détroit, un goulet d'étranglement a empêché des millions de barils de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié de transiter. Les stocks constitués par les pays importateurs se sont érodés, et les raffineries ont dû réduire leur production. Une fois le passage rouvert, il faudra des semaines, voire des mois, pour que les flux retrouvent un rythme normal. Les navires en attente devront être dédouanés et réacheminés, ce qui créera un embouteillage supplémentaire dans les ports asiatiques et européens.
Les experts soulignent que la simple annonce d'une réouverture ne fait pas baisser instantanément les prix du fret maritime ni ceux des matières premières. Les tarifs de transport, qui ont explosé pendant le blocage, ne reviendront à leur niveau d'avant-crise qu'après un certain temps. Par ailleurs, les assureurs maritimes exigent désormais des primes plus élevées pour couvrir le risque géopolitique, un coût qui sera répercuté sur le prix final des marchandises.
L'effet de second tour des prix alimentaires et énergétiques
La hausse des cours du pétrole et du gaz observée durant la fermeture s'est déjà transmise aux prix de l'énergie et des transports dans de nombreux pays. Cette hausse affecte à son tour les coûts de production agricole et industrielle, ce que les économistes appellent un « effet de second tour ». Ainsi, même si le baril de pétrole venait à baisser rapidement après la réouverture, les répercussions sur les produits transformés — engrais, plastiques, transports routiers — prendront plusieurs cycles de facturation pour se dissiper.
Les banques centrales, qui surveillent ces indicateurs avec attention, anticipent une inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) qui restera supérieure à leur objectif pendant encore au moins six à neuf mois. Certains responsables monétaires estiment que le pic inflationniste pourrait être dépassé, mais que le retour à la normale sera plus lent que prévu initialement.
Un contexte mondial déjà fragilisé
La crise du détroit d'Ormuz s'inscrit dans un contexte mondial déjà marqué par des tensions inflationnistes héritées de la pandémie et de la guerre en Ukraine. Les chaînes d'approvisionnement n'avaient pas encore totalement retrouvé leur équilibre lorsque le blocage est survenu. Les pénuries de certains composants électroniques et de matières premières critiques comme le lithium ou le nickel persistent dans plusieurs secteurs.
Par ailleurs, la demande mondiale reste soutenue, notamment en Asie et en Amérique du Nord, ce qui empêche un effondrement des prix. Les pays émergents, qui dépendent fortement des importations de céréales et d'engrais, continuent de subir une pression à la hausse sur leurs prix alimentaires.
Des risques de blocages récurrents
Enfin, les spécialistes notent que la situation géopolitique dans la région reste instable. Même en cas de réouverture, des menaces de nouvelles perturbations ne sont pas exclues, ce qui incite les acteurs économiques à maintenir des stocks de sécurité plus élevés que la normale. Cette prudence se traduit par une moindre flexibilité des prix à la baisse.
En résumé, la réouverture du détroit d'Ormuz est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour un retour à une inflation modérée. Les effets de la crise actuelle continueront de peser sur les prix pendant au moins un an, selon la plupart des analyses. Les gouvernements et les banques centrales devront donc composer avec une période de transition économique délicate.