Dix ans après sa création, la prime d'activité fait l'objet d'un examen inédit de la part de la Cour des comptes. Assistée par des chercheurs de l'Institut des politiques publiques, l'institution a livré une analyse détaillée des effets de cette prestation sociale, qui a bénéficié à 4,81 millions de foyers en 2024 pour un coût total de 10,6 milliards d'euros.
Un bilan positif sur le pouvoir d'achat et la lutte contre la pauvreté
Les magistrats financiers reconnaissent que le dispositif a rempli son objectif principal : garantir que le travail soit financièrement plus avantageux que l'inactivité. À titre d'illustration, une personne seule, locataire et payée au Smic, perçoit environ 660 euros de plus qu'une personne inactive. Ce constat contredit les discours politiques, notamment celui du président LR Bruno Retailleau, qui affirmait que l'inactivité pouvait parfois être plus rémunératrice que l'emploi.
La prime d'activité a également joué un rôle majeur de soutien au pouvoir d'achat des travailleurs modestes. La forte revalorisation décidée par Emmanuel Macron en 2019, dans le sillage de la crise des « gilets jaunes », a permis aux salariés au Smic de voir leur pouvoir d'achat progresser de 8,7 % entre 2017 et 2022. En 2021, le dispositif a contribué à réduire le taux de pauvreté de 1,3 point, avec un impact particulièrement marqué pour les familles monoparentales.
Des effets pervers : smicardisation et faible incitation
Malgré ces succès, la Cour des comptes pointe plusieurs limites. Le principal effet pervers est la contribution du dispositif à la « smicardisation » de l'économie française. Une augmentation de salaire entraîne mécaniquement une diminution de la prime, une éventuelle réduction d'autres aides, ainsi qu'une hausse des cotisations patronales et de l'impôt sur le revenu. Au final, ni le salarié ni l'employeur ne sont fortement incités à augmenter les rémunérations.
L'impact sur le retour à l'emploi reste par ailleurs difficile à mesurer. Une enquête Ipsos réalisée pour la Cour des comptes révèle que près de 80 % des bénéficiaires interrogés déclarent ne pas tenir compte de la prime dans leurs choix professionnels. Le taux de non-recours est également élevé : environ 30 % des personnes éligibles ne perçoivent pas la prestation.
Des pistes d'amélioration
Pour Stéphane Carcillo, chef de la division emploi et revenus à l'OCDE, l'amélioration de l'information est un axe prioritaire. « Il faudrait que les Français puissent mieux visualiser le gain financier associé à la reprise d'un emploi, par exemple grâce à des simulateurs sur le site de France Travail », a-t-il suggéré.
La Cour des comptes préconise donc une refonte en profondeur du dispositif, afin de mieux concilier soutien aux bas revenus, incitation au travail et maîtrise des dépenses publiques. Les conclusions de ce rapport devraient nourrir les réflexions du gouvernement sur l'avenir de la politique sociale en France.