Au onzième jour du procès dit « libyen », la défense de Claude Guéant a adopté une stratégie offensive, retournant le réquisitoire contre Nicolas Sarkozy. Me Philippe Bouchez El Ghozi, avocat de l'ancien secrétaire général de l'Élysée et ministre de l'Intérieur, a dénoncé mardi ce qu'il a qualifié de « cruauté » et de « cynisme » de la part de l'ancien chef de l'État, soupçonné d'avoir bénéficié d'un financement occulte de la part du régime de Mouammar Kadhafi pour sa campagne présidentielle de 2007.

Une absence remarquée Claude Guéant, 80 ans, n'était pas présent dans le box des accusés en raison de problèmes de santé. Il avait été hospitalisé la veille, ce qui a contraint la cour à suspendre brièvement les débats. Me Bouchez El Ghozi a estimé que Nicolas Sarkozy avait « profité de l'absence de celui qui fut son plus proche collaborateur » pour « charger » son ancien subordonné. Selon l'avocat, les déclarations de l'ancien président devant la cour visaient à « se disculper en rejetant la responsabilité sur son entourage ».

Des accusations de manipulation La défense a notamment pointé du doigt un épisode relaté par Nicolas Sarkozy, qui affirmait avoir demandé à Claude Guéant, à l'époque directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, de vérifier les rumeurs de financement libyen. L'avocat a rétorqué que cette version des faits était « une construction destinée à innocenter Sarkozy et à faire porter le chapeau à Guéant ». Il a fustigé « un cynisme absolu » de la part de l'ancien président, qui « n'a jamais hésité à sacrifier ses collaborateurs quand son intérêt personnel était en jeu ».

Des liens familiaux en toile de fond Me Bouchez El Ghozi a également évoqué les relations personnelles entre les deux hommes, autrefois très proches. Claude Guéant était considéré comme le « bras droit » de Nicolas Sarkozy, tant à l'Intérieur qu'à l'Élysée. Mais, selon l'avocat, cette proximité n'a pas empêché l'ancien président de « le trahir » lors des investigations. La défense a cité plusieurs passages des auditions où Nicolas Sarkozy minimisait le rôle de Guéant ou le présentait comme le seul protagoniste des échanges suspects avec les intermédiaires libyens.

Le contexte du procès Le procès, qui se tient depuis plusieurs semaines devant le tribunal correctionnel de Paris, oppose la justice à plusieurs anciens hauts responsables politiques et intermédiaires, soupçonnés d'avoir mis en place un pacte de corruption avec la Libye pour financer la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy. Claude Guéant est notamment poursuivi pour corruption, financement illégal de campagne électorale et association de malfaiteurs. Nicolas Sarkozy, également mis en examen dans ce dossier, comparait libre.

Les réactions de la partie civile Les avocats des parties civiles, dont l'association Anticor, ont estimé que les attaques de la défense de Guéant étaient « un classique de la stratégie de défense qui consiste à diviser pour mieux régner ». Ils ont rappelé que les éléments du dossier, notamment des notes manuscrites et des témoignages, pointent vers une implication commune des deux hommes.

Vers une confrontation ? La question d'une éventuelle confrontation entre Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, une fois que ce dernier sera rétabli, reste en suspens. La défense de Guéant a indiqué qu'elle demanderait que son client soit entendu dans les meilleures conditions, et a laissé entendre qu'il pourrait apporter des « révélations » qui pourraient « éclairer autrement » le rôle de l'ancien président.

L'audience a été marquée par des échanges tendus. Les juges ont rappelé que le débat devait se concentrer sur les faits, et non sur les personnalités. Mais la sortie de Me Bouchez El Ghozi a clairement posé les termes d'une défense qui entend désormais faire de Nicolas Sarkozy le principal accusé. La suite du procès, prévue pour les prochains jours, devrait voir l'audition d'autres témoins clés, dont l'ancien ministre des Affaires étrangères, et la poursuite des interrogatoires des prévenus.