L’administration Trump a dévoilé mercredi une proposition de règlement historique avec le groupe Chemours, visant à mettre fin à des années de pollution par les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), des composés surnommés « polluants éternels » en raison de leur extrême persistance dans l’environnement. L’accord, qui doit encore être homologué par un tribunal fédéral, prévoit le versement de quelque 450 millions de dollars par l’entreprise chimique, sans reconnaissance de responsabilité.

Les grandes lignes du règlement

Selon les documents publiés par le ministère de la Justice et l’Agence de protection de l’environnement (EPA), Chemours s’acquittera d’une amende civile de 22,5 millions de dollars pour avoir déversé illégalement des PFAS depuis ses sites de Caroline du Nord, du New Jersey et de Virginie-Occidentale. La majeure partie de la somme – 337 millions de dollars – sera consacrée à la mise en conformité des installations et à la fourniture d’eau potable aux communautés voisines des usines de Virginie-Occidentale et du New Jersey. Enfin, 90 millions de dollars supplémentaires seront versés sur une période de quinze ans pour réduire davantage les émissions de PFAS et traiter l’eau contaminée.

Issu de la scission de DuPont en 2015, Chemours a fabriqué en particulier le GenX, un substitut aux PFAS qui suscite lui-même des inquiétudes sanitaires. Pendant des décennies, les rejets de l’entreprise ont contaminé plusieurs grands cours d’eau, dont les fleuves Ohio, Cape Fear et Delaware, où des niveaux élevés de PFAS ont été détectés par l’EPA et des scientifiques indépendants.

Réactions contrastées des États

L’annonce a provoqué une vive réaction de la part de la Caroline du Nord. Le procureur général de l’État, Jeff Jackson, a qualifié l’accord d’« insulte » pour les habitants de l’est de la Caroline du Nord. « Cette affaire ne fait pratiquement rien pour nettoyer notre eau. Chemours a créé ce désordre et Chemours doit le nettoyer. L’EPA va entendre parler de mon bureau », a-t-il déclaré dans un communiqué. L’État dénonce un « accord conclu en catimini » qui n’alloue quasiment aucun fonds à la dépollution du fleuve Cape Fear, où se trouve l’usine de Fayetteville Works, un site clé pour la production de GenX.

En revanche, le gouverneur de Virginie-Occidentale, Patrick Morrisey, dont l’État est partie à l’accord, a salué un « premier pas encourageant ». Le New Jersey, qui a déjà conclu son propre règlement avec Chemours, n’a pas commenté la proposition fédérale.

Des associations environnementales déçues

Plusieurs groupes de défense de l’environnement ont jugé le montant insuffisant. Corinne Bell, avocate senior au Natural Resources Defense Council, a estimé que la somme était inadaptée pour une entreprise qui a déclaré 1,4 milliard de dollars de bénéfice net. « Ce premier règlement fédéral est un signal, mais il ne doit pas masquer l’ampleur des dommages et la nécessité d’une action beaucoup plus vigoureuse », a-t-elle déclaré.

La position de Chemours

Chemours a contesté les conclusions de l’EPA selon lesquelles les PFAS présentent des risques pour la santé humaine et n’a reconnu aucune responsabilité dans le cadre de cet accord. L’entreprise a néanmoins accepté de se conformer aux mesures financières et techniques prévues.

Enjeux sanitaires et environnementaux

Les PFAS sont des substances synthétiques résistantes à l’eau et aux graisses, utilisées dans de nombreux produits de la vie courante (poêles antiadhésives, vêtements imperméables, tapis, mousses anti-incendie, cosmétiques). Leur dégradation étant extrêmement lente, ils s’accumulent dans l’organisme. L’exposition est associée à des risques accrus de cancers du rein et des testicules, de faible poids à la naissance, de malformations congénitales et de retards de développement.

Ce dossier constitue le premier règlement fédéral américain engagé contre un fabricant de PFAS pour pollution. Il intervient alors que les autorités sanitaires multiplient les études sur l’impact de ces substances et que des recours collectifs se multiplient aux États-Unis.