L’issue de l’audience du 7 juillet 2026 doit décider de l’avenir politique de Marine Le Pen. Ce jour-là, la cour d’appel se prononcera sur sa peine d’inéligibilité, prononcée en première instance et qui, si elle est confirmée, l’empêcherait de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. En attendant, la présidente du Rassemblement national et son dauphin, Jordan Bardella, multiplient les déclarations communes pour témoigner de leur unité.
Une stratégie de l’apaisement
Dans les discours publics, aucun signe de tension ne filtre. Marine Le Pen et Jordan Bardella martèlent que le parti est uni et que la candidature à la présidentielle sera décidée collectivement, après la décision de justice. Les deux dirigeants évitent soigneusement toute déclaration qui pourrait être interprétée comme une rivalité. Les observateurs notent pourtant que cette unité affichée cache des préparatifs distincts.
En interne, deux clans se seraient constitués. L’un, autour de Marine Le Pen, espère que la peine d’inéligibilité ne soit pas confirmée, afin qu’elle puisse briguer l’Élysée pour la quatrième fois. L’autre, proche de Jordan Bardella, anticipe une invalidation et se prépare à une transition rapide. Un cadre du parti, cité par plusieurs sources, résume la situation : « Ce sera peut-être un coup de poignard, mais ça tranchera. »
Les adversaires préfèrent Bardella
Du côté des opposants politiques, la perspective d’un duel avec Jordan Bardella plutôt qu’avec Marine Le Pen est largement souhaitée. Plusieurs responsables de la majorité et de la gauche estiment que le président du RN, moins expérimenté et sans le capital politique de sa mentore, serait plus facile à battre. Un élu de l’opposition confie : « Ça sera très dur si c’est elle. Avec Bardella, on a une chance. » Ce calcul électoral renforce la pression sur le parti d’extrême droite, qui doit à la fois afficher une unité de commandement et préparer une éventuelle alternance.
Deux scénarios, deux camps
En coulisses, chaque camp affine sa stratégie. Les proches de Marine Le Pen multiplient les contacts avec les élus locaux et les fédérations, tout en préparant des arguments juridiques pour contester une éventuelle confirmation de la peine. Le camp Bardella, lui, peaufine une feuille de route pour une candidature rapide, avec un programme et une équipe de campagne déjà esquissés. Les deux groupes évitent toute confrontation ouverte, mais les divergences stratégiques sont réelles.
Un verdict très attendu
Le 7 juillet, le tribunal rendra sa décision. Si la peine d’inéligibilité est confirmée, Marine Le Pen pourrait faire un ultime recours en cassation, mais le calendrier présidentiel (premier tour en avril 2027) laisse peu de marge. Dans ce cas, Jordan Bardella deviendrait le candidat naturel du RN. Si la peine est annulée ou réduite, Marine Le Pen resterait en lice, mais la question de sa succession serait repoussée.
Pour l’instant, la consigne est claire : ne pas alimenter la division. Les deux têtes de l’affiche participent ensemble aux déplacements et aux réunions publiques, affichant une complicité soigneusement mise en scène. Mais chacun sait que cette unité ne tiendra que jusqu’au verdict. Après, le Rassemblement national devra choisir entre la continuité et la rupture.