L’écrivain trinidadien Jamir Nazir, 62 ans, a été désigné lauréat général du prix Commonwealth de la nouvelle, a annoncé la Commonwealth Foundation mardi. Sa nouvelle primée, « The Serpent in the Grove », était au cœur d’une vive polémique depuis des semaines, certains critiques affirmant qu’elle avait été rédigée par une intelligence artificielle.

L’œuvre, qui met en scène un producteur de cacao adultère tentant d’assassiner son épouse, avait été publiée dans la revue littéraire Granta en mai dernier, lorsque Nazir avait été nommé lauréat régional. Peu après, l’outil de détection d’IA Pangram, réputé dans le secteur, avait signalé le texte comme étant « 100 % artificiel ». Des passages jugés obscurs – comme une jeune femme « avait une façon de marcher qui faisait que les bancs devenaient des hommes » – avaient été largement moqués sur les réseaux sociaux.

Face au tollé, la Commonwealth Foundation avait défendu l’auteur tout en promettant une enquête. Le directeur général de l’organisation, Razmi Farook, a indiqué que l’enquête, menée sans recourir à Pangram ni à d’autres logiciels de détection – jugés peu fiables et soulevant des « préoccupations concernant la propriété artistique et le consentement » –, s’était appuyée sur des « discussions détaillées » avec les lauréats régionaux et l’examen de « brouillons de travail, documents horodatés et notes ». « Après une consultation approfondie avec nos juges et un examen attentif de toutes les informations disponibles, nous sommes convaincus que l’IA n’a pas été utilisée pour écrire les histoires gagnantes », a déclaré Farook.

Dans un entretien téléphonique accordé mardi après-midi, Jamir Nazir a exprimé son soulagement. « Regardez, je ne l’ai pas utilisée ! », a-t-il affirmé à propos de l’intelligence artificielle. Estimant que sa victoire au titre général lui permettait désormais de s’expliquer librement, il a annoncé qu’il pourrait enfin clarifier son processus créatif et rétablir sa réputation. Au cours d’un échange de plus d’une heure, Nazir a évoqué ses problèmes de santé – notamment des complications liées au diabète et au cancer – ainsi que son rapport à l’écriture. Il aurait notamment déclaré que cette nouvelle « a commencé dans mon enfance dans la campagne trinidadienne ».

La Commonwealth Foundation a précisé que son équipe « a travaillé dur pour comprendre le processus créatif de Jamir et apprendre comment il a façonné son histoire au fil du temps ». L’organisation a également confirmé que les autres histoires des lauréats régionaux avaient fait l’objet des mêmes vérifications et avaient été jugées originales.

Cette affaire, qualifiée par certains observateurs de « scandale littéraire lié à l’IA le plus étrange de l’année », met en lumière les difficultés croissantes à distinguer la création humaine de la production algorithmique. Alors que les outils de détection comme Pangram restent controversés – leur exactitude étant régulièrement mise en doute –, la décision de la Commonwealth Foundation de ne pas s’y fier pourrait faire jurisprudence dans le monde de l’édition.