Chaque dixième de degré compte, et la Terre les accumule à une vitesse record. Selon le rapport annuel des Indicateurs du changement climatique planétaire (IGCC) publié le 11 juin dans la revue Earth System Science Data, le réchauffement climatique atteint un rythme sans précédent : la température moyenne de la planète monte désormais d'environ 0,27 °C par décennie, contre 0,18 °C sur les cinquante dernières années. La moyenne décennale atteint +1,26 °C par rapport à l’ère pré-industrielle.
Ce travail, mené par un réseau de 73 scientifiques issus de 56 instituts dans 17 pays, compile plus de 40 ensembles de données mondiaux. Il dresse un constat alarmant : les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter, leur rythme de croissance ralentit, mais le temps pour agir se réduit comme peau de chagrin.
Le budget carbone, ce quota de CO₂ que l’humanité peut encore émettre tout en conservant 50 % de chance de ne pas dépasser +1,5 °C, a fondu de manière spectaculaire. Estimé à 500 milliards de tonnes de CO₂ (GtCO₂) en 2020, il n’est plus que de 130 GtCO₂ au début de l’année 2026. « Ce budget carbone sera épuisé avant 2030 aux niveaux actuels d’émissions de CO₂. Il est désormais inévitable que le réchauffement planétaire dû aux activités humaines atteigne puis dépasse 1,5 °C », concluent les chercheurs.
Les manifestations physiques de ce dérèglement s’accentuent. Le niveau des mers s’élève inexorablement. En 2025, il atteint près de 23 cm au-dessus de son niveau de 1901, contre 20,2 cm en 2018. Le rythme de cette hausse s’accélère : sur la période 2006-2025, il atteint une moyenne inédite de 3,7 mm par an.
Un nouvel indicateur fait son apparition dans ce rapport : le nombre annuel de jours de vagues de chaleur marine. Ce chiffre a plus que triplé entre 1991 et 2025. L’année 2025 a été particulièrement marquée, avec 65 jours de canicules marines. Sur la décennie 2016-2025, la moyenne annuelle était d’environ 58 jours, contre 36 jours sur la décennie précédente – une augmentation de 60 %. Ces phénomènes ont des conséquences dévastatrices sur la biodiversité marine et pourraient réduire la capacité de l’océan à absorber le CO₂, amplifiant encore le réchauffement.
Les auteurs du rapport restent prudents quant à l’interprétation de l’accélération récente. Sur les cinq dernières années, la hausse a été de 0,17 °C, un rythme encore plus rapide que la moyenne décennale record. L’année 2024 avait marqué l’histoire en devenant la première à dépasser le seuil de +1,5 °C (mesure annuelle). L’année 2025, quant à elle, se situe à environ +1,39 °C selon les données IGCC.
Cette accélération est attribuée à la fois à la hausse continue des gaz à effet de serre et à la diminution des émissions de certains aérosols polluants, dont l’effet refroidissant masquait une partie du réchauffement. Le rapport souligne que, si les émissions continuent d’augmenter, le rythme de cette hausse ralentit par rapport aux années 2000 – une maigre consolation face à l’urgence.