Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a ordonné aux procureurs généraux de procéder, d’ici au 14 juillet, à un réexamen approfondi de l’ensemble des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs qui n’ont pas encore donné lieu à une information judiciaire ou à un classement sans suite. Cette directive fait suite au meurtre de Lyhanna, une affaire qui a révélé de graves dysfonctionnements dans le traitement des signalements.
Selon un bilan communiqué par l’exécutif, 134 personnes ont déjà été placées en détention provisoire dans le cadre de cette revue massive. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a reconnu une « succession d’erreurs, de négligences, d’inactions et de mauvaises décisions » dans l’enquête initiale, tandis que le rapport d’inspection de la Justice, rendu public le 22 juin, a mis en lumière des « points d’amélioration » qui, s’ils avaient été mis en œuvre, auraient pu éviter les défaillances.
Un chantier colossal dans un délai très court
Le réexamen porte sur près de 70 000 procédures disséminées sur l’ensemble du territoire. Chaque parquet doit désormais trier et prioriser les dossiers. À Meaux, le procureur Jean‑Baptiste Bladier a indiqué que ce travail représenterait environ 1 300 procédures pour sa seule juridiction. À Bobigny, un conseil de juridiction « extraordinaire » a été réuni le 19 juin pour faire l’état des lieux et organiser le traitement des plaintes. Le procureur de la République, Éric Mathais, et la présidente du tribunal, Anne Auclair‑Rabinovitch, ont notamment rencontré plusieurs maires et élus du département.
Le porte‑parole du ministère de la Justice a précisé que l’objectif est de dresser « une photographie exhaustive » de la situation. Les dossiers les plus urgents – ceux où un mineur a besoin d’une « protection immédiate » – seront examinés en priorité, devant les plaintes portant sur des faits anciens.
Les magistrats partagés entre mobilisation et crainte du bâclage
Si les parquets se disent prêts à se mobiliser, plusieurs magistrats expriment leur inquiétude face à l’ampleur de la tâche et au temps imparti. « Une vraie crainte que ces dossiers soient bâclés » a été exprimée, redoutant que l’urgence administrative nuise à la qualité de l’analyse. La charge de travail supplémentaire, qui s’ajoute à des effectifs déjà sous pression, alimente ces réserves.
Christophe Barret : « Il ne faut pas en rester là »
Le président de la Conférence nationale des procureurs généraux, Christophe Barret, a salué l’effort de vérification immédiate mais a estimé que cette mesure ne saurait suffire. « On se mobilisera pour faire ce point d’étape, mais il ne faut pas en rester là », a‑t‑il déclaré. Il a plaidé pour que cette revue d’urgence débouche sur la mise en place « des outils nécessaires » pour un traitement pérenne et efficace des plaintes impliquant des enfants. Selon lui, le système judiciaire a besoin de moyens structurels – effectifs, formation, procédures adaptées – pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.
Un mouvement plus large de réorganisation
Au‑delà du simple réexamen, plusieurs tribunaux, comme celui de Bobigny, amorcent déjà une réorganisation de leur fonctionnement pour mieux prendre en charge ces dossiers sensibles. La pression politique et médiatique née de l’affaire Lyhanna pousse l’institution à accélérer ses réformes, alors que le ministre de la Justice doit s’exprimer à la télévision en soirée.
L’annonce des 134 placements en détention provisoire montre que le réexamen a déjà des conséquences judiciaires concrètes. Reste à savoir si la cadence imposée permettra d’atteindre les objectifs sans compromettre la qualité du travail, et si les engagements pris à court terme seront suivis d’investissements durables.