Un départ qui laisse un bilan en suspens
Lorsque Keir Starmer a fait son entrée au 10 Downing Street en juillet 2024, fort de l’une des plus larges victoires électorales du Parti travailliste depuis des décennies, il avait promis de redonner au Royaume-Uni une crédibilité sur la scène internationale, entamée par les soubresauts du Brexit et la contraction des budgets d’aide. Le continent africain occupait une place centrale dans cette stratégie, présenté comme une région à l’importance stratégique, économique et géopolitique croissante. Le message alors martelé par le nouveau chef du gouvernement était celui d’un changement de paradigme : remplacer le paternalisme par un partenariat et la dépendance par l’investissement, avec une promesse d’engagement durable. Dans de nombreuses capitales africaines, cette annonce avait été perçue comme une véritable « remise à zéro » des relations bilatérales.
Moins de deux ans plus tard, la démission de M. Starmer en juin 2026 a douché ces espoirs. Elle replace les pays africains face à une interrogation récurrente : l’implication britannique peut-elle jamais survivre aux alternances politiques à Londres ?
Les premiers signes d’une relance
Dans les premiers mois de son mandat, l’exécutif britannique avait multiplié les signes d’une reprise de contact avec l’Afrique. L’Afrique du Sud a constitué un point d’ancrage précoce. La présence d’une délégation britannique au sommet du G20, des visites de haut niveau et des entretiens bilatéraux ont été interprétés comme des marques de volonté politique renouvelée. Les échanges ont alors porté sur le commerce, les infrastructures et l’innovation, avec une attention particulière accordée aux petites et moyennes entreprises.
Cependant, cette dynamique initiale n’a pas été suffisamment soutenue pour aboutir à des réalisations tangibles. Les observateurs soulignent que la « remise à zéro » promise n’a jamais véritablement pris corps, faute de moyens financiers constants et de continuité politique.
Des moyens réduits et des ambitions contrariées
Le contexte budgétaire britannique n’a pas permis de tenir les engagements financiers escomptés. Les coupes dans l’aide publique au développement, déjà amorcées sous les gouvernements précédents, se sont poursuivies. Cette contraction des ressources a limité la capacité de Londres à financer des projets d’envergure sur le continent et à honorer les promesses de coopération économique.
Par ailleurs, l’instabilité politique au Royaume-Uni a nourri un scepticisme croissant chez les partenaires africains. La succession rapide de Premiers ministres sur la dernière décennie a installé un sentiment d’imprévisibilité, renforcé par le départ précipité de M. Starmer. Pour de nombreux gouvernements africains, la question n’est plus de savoir si Londres est un interlocuteur fiable, mais combien de temps un engagement peut-il durer avant d’être abandonné au gré des changements à la tête de l’exécutif britannique.
Quel avenir pour les relations bilatérales ?
La fin du bref mandat de Keir Starmer laisse donc un vide stratégique. Les projets esquissés en matière de commerce, d’infrastructures et de soutien aux petites entreprises n’ont pas été concrétisés. Le Royaume-Uni, qui espérait se positionner comme un partenaire de choix face à la concurrence chinoise et à l’influence historique française, voit aujourd’hui sa crédibilité mise à mal.
Pour les capitales africaines, l’heure est à l’attentisme. La nature de la future relation dépendra en grande partie de la capacité du prochain locataire du 10 Downing Street à définir une feuille de route claire et, surtout, à s’y tenir sur la durée. En attendant, le sentiment prédomine que la « remise à zéro » annoncée en grande pompe en 2024 n’aura été qu’une promesse de plus, emportée par les turbulences politiques britanniques.