L'Espagne, habituée aux étés torrides, a mis en place un ensemble de mesures destinées à limiter l'impact des vagues de chaleur sur sa population active. Le pays, confronté à des températures caniculaires récurrentes, a notamment généralisé l'organisation de « journées intensives » durant la période estivale, de juin à septembre.
Ce système consiste à concentrer le temps de travail sur une plage horaire matinale : les salariés commencent leur journée entre 7 heures et 8 heures et la terminent vers 14 heures ou 15 heures, sans pause déjeuner. L'objectif est d'éviter les heures les plus chaudes de l'après-midi. Cette pratique n'est pas inscrite dans la loi nationale ; elle repose sur des accords conclus librement dans chaque entreprise. Plus de la moitié des sociétés espagnoles auraient déjà adopté ce rythme. Au-delà de la protection des travailleurs, ces aménagements seraient également bénéfiques pour la productivité.
Parallèlement, un « congé climatique » a été instauré, permettant aux employés de bénéficier de jusqu'à quatre jours de congé payé en cas d'événements météorologiques extrêmes. Cette disposition est venue compléter un arsenal législatif renforcé après les inondations dévastatrices de 2024. Les entreprises sont par ailleurs tenues de maintenir la température dans les espaces de travail entre 17 degrés Celsius et 27 degrés Celsius. Des « refuges climatiques » – lieux publics climatisés ouverts à tous – ont également été développés dans plusieurs villes.
La France examine le modèle ibérique
Face à l'intensification des épisodes caniculaires, le ministre français du Travail, Jean-Pierre Farandou, a indiqué vouloir s'inspirer des solutions espagnoles. Il a annoncé son intention de proposer aux partenaires sociaux un déplacement d'étude de quelques jours en Espagne pour observer sur place la manière dont la société a adapté son organisation aux fortes chaleurs. L'objectif est de trouver des réponses opérationnelles sans « mettre le pays à l'arrêt » pendant les pics de chaleur.
Le ministre s'est toutefois prononcé contre l'adoption de deux mesures spécifiques en France : l'instauration d'un seuil de température au-delà duquel le travail serait suspendu, ainsi que la création d'un congé climatique calqué sur le modèle espagnol. À la place, il souhaite qu'un groupe paritaire réunissant syndicats et patronat soit mis en place dès l'automne pour anticiper les crises futures et réfléchir, par exemple, à la réorganisation des événements sportifs et culturels afin d'éviter des annulations de dernière minute.
L'expérience espagnole, forgée par une exposition historique aux fortes chaleurs, offre ainsi un éventail de solutions concrètes, des horaires flexibles aux infrastructures de rafraîchissement. Alors que la France subit elle aussi des canicules de plus en plus sévères, le débat sur l'adaptation du monde du travail aux changements climatiques s'intensifie.