Dans l’usine Renault de Douai, site devenu emblématique de la stratégie d’électrification du groupe, un nouvel ouvrier pas comme les autres s’active depuis quelques mois. Calvin, un robot humanoïde développé par l’entreprise française Wandercraft, y est testé en conditions réelles. Mesurant environ 1,80 mètre et doté de deux jambes, il se déplace de façon autonome, monte des escaliers et manipule des pièces. Ses concepteurs le présentent comme robuste et fiable, mais son arrivée dans l’industrie automobile n’est pas sans susciter des interrogations.

Un androïde au service de la production

Calvin n’est pas un simple bras articulé fixé au sol. Sa morphologie bipède lui permet d’évoluer dans des environnements conçus pour les humains, sans nécessiter d’aménagements spécifiques. Il peut ainsi transporter des composants, effectuer des inspections ou assister les opérateurs dans des tâches répétitives. Renault, qui cherche à accroître sa productivité tout en améliorant la sécurité des postes pénibles, voit dans cet androïde un outil potentiel pour soulager les salariés des efforts physiques.

L’usine de Douai, où sont assemblés les modèles électriques de la marque (comme la Mégane E‑Tech), sert de laboratoire grandeur nature. Les essais, menés discrètement, consistent à évaluer la capacité du robot à travailler en toute sécurité aux côtés des humains. Selon des informations concordantes, les premiers retours sont jugés positifs par les équipes techniques.

Entre fascination et inquiétude

Si Calvin fascine par sa dextérité et sa ressemblance avec l’homme, il inquiète aussi. Les syndicats et certains salariés redoutent que l’introduction massive de tels robots ne conduise à la suppression d’emplois. Dans une filière déjà marquée par des restructurations, le spectre de l’automatisation totale refait surface. Renault assure pour l’instant que ces technologies visent à assister les travailleurs, non à les remplacer, mais le débat reste ouvert.

La direction du groupe évoque une montée en charge progressive. Un déploiement à plus grande échelle de Calvin dans les usines de la marque est envisagé à l’horizon 2026. Cela passerait par une phase de validation technique approfondie et par des discussions avec les partenaires sociaux.

Un contexte industriel en mutation

L’expérimentation de Calvin s’inscrit dans une transformation plus large de l’outil industriel de Renault. Le site de Douai, reconverti avec succès vers le véhicule électrique, est un symbole de cette transition. L’introduction de robots collaboratifs et d’intelligence artificielle dans les ateliers vise à gagner en compétitivité face à la concurrence asiatique.

Wandercraft, la start-up à l’origine de Calvin, est spécialisée dans les exosquelettes et la robotique de mobilité. Fondée en 2012, elle travaille déjà avec des hôpitaux pour des dispositifs d’assistance à la marche. Le passage au milieu industriel constitue une nouvelle étape pour l’entreprise, qui voit dans l’automobile un débouché prometteur.

Quel avenir pour l’emploi ?

Les analystes s’accordent à dire que l’automatisation, même si elle peut détruire certains postes, en crée d’autres, plus qualifiés. La maintenance des robots, la programmation ou la supervision des systèmes automatisés représentent de nouveaux métiers. Reste à savoir si les formations actuelles permettront aux ouvriers de se reconvertir. Renault a déjà mis en place des plans de formation continue, mais les syndicats réclament des garanties pour l’emploi.

En attendant, Calvin continue de déambuler dans les allées de l’usine de Douai, attirant les regards. Les opérateurs le surnomment parfois « le collègue silencieux ». Un surnom qui en dit long sur le mélange de curiosité et d’appréhension que suscite ce robot pas tout à fait comme les autres.