Une affaire secoue la police britannique : un détective du Derbyshire est soupçonné d'avoir employé un chatbot conversationnel basé sur l'intelligence artificielle pour produire des documents destinés à orienter la justice, notamment dans des affaires de viol, suscitant des inquiétudes sur l'intégrité des procédures judiciaires.
L'enquête interne, ouverte par les services du Derbyshire, porte sur l'utilisation présumée d'un logiciel de type chatbot pour générer des textes qui auraient été présentés comme des preuves ou des rapports d'enquête. Selon les premières informations, l'officier aurait eu recours à cet outil afin de faciliter les démarches administratives, mais les autorités craignent que cela ait pu servir à orienter les décisions des tribunaux.
« Nous examinons plusieurs condamnations pour viol pour déterminer si elles ont été indûment influencées par des documents produits de manière irrégulière », a indiqué un porte-parole de la police du Derbyshire, confirmant que ces affaires faisaient l'objet d'une révision systématique. L'ampleur des dossiers concernés n'a pas encore été précisée.
Les faits remontent aux dernières semaines, lorsque des anomalies dans des documents internes ont été repérées par des collègues de l'officier. Ce dernier a été suspendu de ses fonctions en attendant les conclusions de l'enquête, qui associe à la fois la police locale et des magistrats référents. Aucune information n'a filtré sur l'identité du suspect ni sur sa carrière antérieure.
Cette affaire soulève des questions éthiques et juridiques inédites au Royaume-Uni sur l'utilisation de l'intelligence artificielle dans le travail policier. Si l'usage d'outils d'IA est parfois toléré pour des tâches administratives ou de rédaction de rapports non sensibles, leur emploi pour influencer des procédures pénales est strictement interdit et peut constituer un abus de pouvoir.
Des experts juridiques interrogés par des médias britanniques rappellent que le recours à un chatbot pour créer des preuves, même partielles, pourrait violer les règles de déontologie et les principes d'équité du procès. « La justice repose sur la transparence et la véracité des éléments présentés. Si un agent manipule ces éléments via une machine, la confiance dans le système est ébranlée », a expliqué un professeur de droit pénal contacté par la presse.
Le gouvernement britannique n'a pas encore commenté officiellement cette affaire, mais des sources parlementaires indiquent que des discussions sont en cours pour renforcer la supervision de l'usage des technologies par les forces de l'ordre. Le Parlement pourrait être saisi d'un projet de loi visant à encadrer l'intelligence artificielle dans le domaine judiciaire.
En attendant, les avocats des personnes condamnées dans les dossiers concernés se préparent à déposer des recours en révision, estimant que la découverte de ces pratiques pourrait constituer un motif d'appel. La police du Derbyshire a promis de rendre publiques les conclusions de son enquête dès qu'elles seront disponibles.
Cette affaire intervient dans un contexte de multiplication des usages de l'IA par les administrations et les services publics, mais aussi de craintes croissantes quant aux risques de dérives. Plusieurs rapports récents ont alerté sur la tentation, pour certains agents, d'utiliser des outils génératifs sans en mesurer les conséquences juridiques.
Le principal suspect, s'il est reconnu coupable, pourrait faire face à des poursuites pénales pour falsification de preuves et entrave à la justice. Il encourt une peine pouvant aller jusqu'à plusieurs années de prison.
L'affaire est suivie de près par les organisations de défense des droits des victimes, qui redoutent que des condamnations obtenues par des moyens frauduleux ne remettent en cause la légitimité de la justice rendue au nom de l'État. « Nous exigeons que toutes les procédures entachées par ces pratiques soient intégralement revues », a déclaré une porte-parole d'une association d'aide aux victimes de viol.
Les autorités judiciaires britanniques ont indiqué qu'elles collaboreraient pleinement avec la police du Derbyshire pour garantir que les droits des personnes condamnées soient respectés, tout en préservant l'intégrité des enquêtes en cours.