L'expérimentation du « RSA rénové », censée préparer la généralisation du dispositif à l'ensemble du territoire au 1er janvier 2025, affiche un bilan contrasté. Selon une évaluation publiée par la Dares et l'Institut des politiques publiques (IPP), le suivi renforcé des bénéficiaires n'a pas produit d'effet net significatif sur le retour à l'emploi, principalement en raison de la conduite de l'expérimentation à moyens constants.
Un suivi plus soutenu, mais pas de transformation massive
L'expérimentation s'est déroulée entre mars 2023 et décembre 2024 dans une vingtaine de territoires. Le principe consistait à offrir un accompagnement intensif par les conseillers de France Travail (ex-Pôle emploi) et les travailleurs sociaux des départements, en contrepartie d'un engagement des bénéficiaires à réaliser un volume d'activités hebdomadaires. Pour réaliser leur évaluation, la Dares et l'IPP ont analysé le parcours de plus de 40 000 allocataires concernés par l'expérimentation, qu'ils ont comparé à celui de bénéficiaires n'en ayant pas bénéficié.
Les auteurs de l'étude constatent que les personnes accompagnées ont effectivement eu un suivi plus soutenu : un entretien supplémentaire a été réalisé dans le premier mois, et la fréquence des rendez-vous a été maintenue à un tous les trois à cinq mois en moyenne. On observe également un recours accru aux formations et aux immersions en entreprise. Cependant, ce renforcement demeure limité et ne s'apparente pas à une transformation en profondeur des pratiques, faute de renforts supplémentaires en personnels.
Une hausse du taux d'emploi, mais fragile
Sur le plan de l'emploi, les premiers résultats apparaissent encourageants. La part des bénéficiaires de l'expérimentation ayant retrouvé un travail a augmenté de 25 % au bout de six mois, et de 3,6 points de pourcentage par rapport au groupe témoin au bout d'un an. Les évaluateurs nuancent toutefois ce constat. Cette hausse a été en grande partie portée par les contrats aidés, c'est-à-dire subventionnés, qui ont été intégrés dans l'accompagnement. Par ailleurs, les effets positifs se sont avérés plus marqués pour les premières cohortes, probablement parce qu'elles comptaient davantage de personnes proches de l'emploi ou mieux suivies par France Travail.
Des effets indirects négatifs et un bilan net nul
L'évaluation met également en lumière les effets indirects de l'expérimentation. À moyens constants, la mobilisation accrue de conseillers pour les bénéficiaires du RSA s'est faite au détriment d'autres demandeurs d'emploi indemnisés, qui ont reçu moins d'attention. Ces derniers ont en outre subi une concurrence accrue sur le marché du travail local. Résultat : selon la Dares et l'IPP, en additionnant ces effets positifs et négatifs, l'expérimentation n'a produit aucun effet net significatif sur l'emploi dans les territoires concernés.
Une généralisation dans des conditions différentes
Les conditions de la généralisation, engagée depuis le 1er janvier 2025 sur l'ensemble du territoire, diffèrent considérablement de celles de l'expérimentation, ce qui empêche la Dares et l'IPP de tirer des conclusions sur son efficacité. Dans leurs travaux, les chercheurs soulignent néanmoins que l'effet positif d'un accompagnement rénové repose sur des renforts humains suffisants, condition qui n'a pas été remplie pendant la phase expérimentale. La publication de ce rapport intervient alors que la question de l'efficacité des politiques d'insertion reste au cœur des débats, et que les pouvoirs publics sont confrontés à un défi majeur de financement des dispositifs d'accompagnement.