L'expérimentation du « RSA rénové », lancée en mars 2023 dans une vingtaine de territoires, promettait un suivi intensif des bénéficiaires en échange d'engagements hebdomadaires. Près d'un an et demi plus tard, une évaluation conjointe de la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) et de l'Institut des politiques publiques (IPP) dresse un bilan mitigé.
Les chercheurs ont comparé le parcours de plus de 40 000 bénéficiaires du RSA dans 18 départements expérimentateurs à celui d'allocataires n'ayant pas bénéficié de ce renforcement. Si les premiers ont effectivement eu un entretien supplémentaire dans le premier mois, la fréquence des rendez-vous s'est ensuite stabilisée autour d'un tous les trois à cinq mois. Les inscriptions en formation ou les immersions en entreprise ont augmenté, mais de façon limitée. « Un suivi renforcé mais pas de transformation massive », résument les auteurs.
Sur le volet emploi, le taux d'emploi des participants a bondi de 25 % au bout de six mois, soit 3,6 points de pourcentage de plus que le groupe témoin. Cet effet s'est maintenu sur un an. Cependant, cette hausse a été fortement portée par les contrats aidés, des emplois subventionnés destinés à l'insertion. Les auteurs soulignent que ces contrats ont été intégrés à l'accompagnement, ce qui en fausse en partie la lecture.
Surtout, l'effet positif apparent doit être relativisé à l'échelle des territoires. L'expérimentation s'est déroulée à moyens constants : les conseillers de France Travail ont dû répartir leur temps entre les bénéficiaires du RSA et les autres demandeurs d'emploi. Ce transfert de ressources a pénalisé ces derniers, qui ont vu leur accompagnement se réduire et ont subi une concurrence accrue sur le marché du travail. « L'un dans l'autre, l'évaluation conclut à l'absence d'effet net significatif sur l'emploi dans les territoires de l'expérimentation », écrivent la Dares et l'IPP.
Un autre facteur a pu jouer : les premières cohortes, entrées plus tôt dans le dispositif, ont montré des résultats plus marqués. Il est possible que ces allocataires étaient plus proches de l'emploi ou mieux connus des services, ou que la montée en charge sans renforts a épuisé les conseillers.
Depuis le 1er janvier 2025, le « RSA rénové » a été généralisé à l'ensemble du territoire dans des conditions différentes : des moyens supplémentaires ont été alloués à France Travail, notamment via le recrutement de conseillers supplémentaires. Les départements ont aussi reçu des renforts, même si leur effet n'a pas pu être évalué dans le cadre de cette étude. La Dares et l'IPP se gardent donc de tirer des conclusions pour la période actuelle, mais soulignent que l'efficacité d'un accompagnement renforcé repose sur la disponibilité des personnels.
L'expérimentation illustre la difficulté de concilier intensification du suivi et universalité du service public de l'emploi. Sans augmentation des effectifs, mieux accompagner certains peut se faire au détriment d'autres. Le défi pour la généralisation sera d'éviter cet effet de vase communicant.