La dernière femme à avoir été exécutée au Royaume-Uni vient de faire l’objet d’une mesure rare de clémence. Ruth Ellis, pendue en 1955 pour le meurtre de son amant David Blakely, s’est vu accorder une grâce conditionnelle à titre posthume par le roi Charles III, sur recommandation du gouvernement. L’annonce a été faite le 8 juillet 2026 à la Chambre des communes par le vice-Premier ministre David Lammy.

Cette décision ne remet pas en cause la culpabilité matérielle d’Ellis, qui avait abattu Blakely de plusieurs coups de feu devant un pub londonien. Elle substitue toutefois la peine de mort par une condamnation à la réclusion à perpétuité, afin de « reconnaître une injustice profonde dans ce cas exceptionnel », a déclaré David Lammy devant les députés.

Un contexte de violences conjugales ignoré par la justice

Née à Rhyl, dans le Denbighshire, Ruth Ellis avait travaillé comme modèle de charme et gérante de boîte de nuit à Londres dans les années 1940 et 1950. Sa relation tumultueuse avec David Blakely, pilote de course, était marquée par des infidélités réciproques et des violences physiques. Ellis avait subi un avortement illégal à l’époque, ainsi que des coups – notamment un coup de poing à l’estomac qui avait provoqué une fausse couche.

Le jour du drame, le 10 avril 1955, elle avait tiré sur Blakely à la sortie du Magdala, un pub de Hampstead. Lors de son procès, le juge avait enjoint au jury de ne pas tenir compte du fait qu’elle avait été « maltraitée par son amant » comme élément de défense. L’affaire s’est déroulée deux ans avant l’introduction au Royaume-Uni de la notion de responsabilité diminuée comme moyen de défense pénale.

Une campagne familiale de longue haleine

Les petits-enfants de Ruth Ellis – dont Laura Enston – n’ont cessé de militer pour que sa condamnation soit revue, arguant que leur grand-mère était une victime de violences domestiques et de contrôle coercitif. « L’ombre de l’exécution de Ruth a pesé sur deux générations. Nous avons porté une honte qui n’a jamais dû être la nôtre », a réagi Laura Enston après l’annonce.

La députée travailliste Pam Cox, qui a interpellé le gouvernement sur ce dossier à la Chambre des communes, a estimé que l’affaire Ellis restait « un rappel glaçant d’une époque où notre système judiciaire ignorait les réalités des violences conjugales et du contrôle coercitif ». Elle a appelé le gouvernement à tirer les leçons de ce cas pour renforcer la protection des femmes victimes de cycles d’abus.

Une grâce qui n’efface pas la peine mais la transforme

David Lammy a précisé que la grâce conditionnelle « ne signifie pas qu’elle était innocente d’avoir tué David Blakely », mais qu’elle remplace la sentence capitale par une peine d’emprisonnement à vie. Il a ajouté espérer que cette mesure apporte « un peu de paix à la famille de Ruth Ellis, qui a porté le poids de ce qui lui est arrivé pendant plus de 70 ans ».

Ruth Ellis avait été exécutée par pendaison à la prison de Holloway, à Londres, le 13 juillet 1955, à l’âge de 28 ans. Elle était mère de deux enfants. La veille de sa mort, elle avait écrit une lettre au député travailliste George Rogers, dans laquelle elle faisait preuve de résignation. Son exécution avait suscité une vive émotion et relancé le débat sur l’abolition de la peine de mort au Royaume-Uni, intervenue définitivement en 1969.

Un précédent rare dans l’histoire judiciaire britannique

Les grâces posthumes conditionnelles – qui substituent une peine privative de liberté à une exécution – sont exceptionnelles outre-Manche. Elles sont généralement accordées lorsqu’une injustice procédurale ou une évolution du droit permet de considérer que la sentence initiale était disproportionnée au regard des normes actuelles. Dans le cas d’Ellis, l’absence de prise en compte des violences conjugales et l’impossibilité d’invoquer la perte de contrôle ou la responsabilité diminuée – devenues des défenses légitimes depuis – ont justifié cette mesure.

La famille d’Ellis a salué une décision « historique », tout en rappelant que rien ne pourra rendre leur grand-mère. Le débat sur la nécessité de réformer en profondeur la manière dont la justice traite les victimes de violences domestiques reste, selon Pam Cox, plus que jamais d’actualité.