La France traverse une sécheresse aux proportions inédites, poussant le gouvernement à convoquer une cellule de crise. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a rassemblé ce mercredi à l'hôtel de Roquelaure, à Paris, les principaux acteurs de la gestion de l'eau, parmi lesquels la direction générale de Météo-France, la direction de la prévention et de la gestion des risques, la direction centrale de l'énergie et du climat ainsi que l'Office français de la biodiversité.
Un record de restrictions
Monique Barbut a décrit une situation «exceptionnelle par sa précocité comme par son intensité». Elle a souligné que 99 départements métropolitains sont désormais soumis à des restrictions d'usage de l'eau, soit la totalité du territoire. Parmi eux, 43 départements sont placés en situation de crise, le niveau le plus élevé, où l'eau est réservée aux seuls usages prioritaires. Vingt-sept autres sont en alerte renforcée. Au total, 206 arrêtés préfectoraux sont en vigueur, un chiffre jamais atteint «depuis au moins 2013», a précisé la ministre.
Cours d'eau et sols en souffrance
«Les cours d'eau constituent aujourd'hui le point de vigilance principal», a averti Monique Barbut. Selon les données communiquées, près d'un tiers des points de mesure des cours d'eau présentent des niveaux inférieurs aux minimas observés au cours des vingt dernières années. Un quart des petits cours d'eau sont désormais à sec, une situation inédite depuis la mise en place du suivi national en 2012. En juin, 16 % des cours d'eau étaient déjà à sec, contre 6 % un an plus tôt. Dans le Doubs, la rivière du même nom a disparu par endroits, laissant place à un lit de roches. «Avant ça pouvait arriver en août, mais là c'est plus tôt, plus long, et plus fort», a témoigné Fabien Henriet, maire d'Arçon, cité dans plusieurs comptes rendus.
120 000 habitants ravitaillés en eau potable
La dégradation des ressources a des conséquences directes sur la population. Quelque 120 000 habitants doivent actuellement être approvisionnés en eau potable par des camions-citernes, en raison des tensions dans les unités de distribution et de traitement. La situation est particulièrement critique en Nouvelle-Aquitaine, où onze départements sur douze sont en crise.
Un dérèglement profond du cycle de l'eau
Si les précipitations du printemps sont restées dans les normales saisonnières, leur effet a été anéanti par les vagues de chaleur successives. «Le changement climatique ne se traduit pas seulement par une diminution mécanique des pluies, mais par un dérèglement plus profond du cycle de l'eau, avec des épisodes plus contrastés, des périodes de sécheresse plus longues et des besoins en eau qui augmentent sous l'effet des fortes chaleurs», a expliqué Monique Barbut. La ministre a estimé que cette sécheresse survient avec «près d'un mois d'avance» par rapport aux épisodes précédents.
La sobriété comme réflexe collectif
Face à cette crise, Monique Barbut a appelé à faire de la sobriété un «réflexe collectif». Elle n'a pas fait d'allusion directe au projet de loi d'urgence agricole, examiné en commission mixte paritaire jeudi, un texte qui suscite des controverses sur le partage de l'eau entre usages domestiques, agricoles et industriels. Certains élus locaux évoquent même une possible «guerre de l'eau». Dans ce contexte, l'approvisionnement en eau potable et la protection des milieux aquatiques restent la priorité affichée du gouvernement.