Un drone conçu par l'entreprise toulousaine Delair a fait l'objet d'un test grandeur nature le mardi 9 juin sur l'autoroute A88, entre Argentan (Orne) et Falaise (Calvados). Cet appareil, qui pèse 25 kilos et affiche une envergure de cinq mètres, se présente comme un petit avion et pourrait à terme épauler les patrouilleurs d'autoroute dans leurs missions de surveillance. L'expérimentation, inédite en France, a été menée de jour comme de nuit pour évaluer ses capacités en conditions réelles.
Équipement et performances techniques
Le drone est doté d'une caméra infrarouge rotative à 360 degrés, capable de fournir des images précises à plus d'un kilomètre de distance. Il dispose d'une autonomie d'environ trois heures et quart, pour un rayon d'action de 100 kilomètres. Sa vitesse de croisière atteint 60 km/h. Pour respecter l'autorisation délivrée par la Direction générale de l'aviation civile, l'appareil évolue à 120 mètres d'altitude, non pas au-dessus de la chaussée mais légèrement sur le côté.
Détection des anomalies en temps réel
L'engin suit un itinéraire préalablement calculé par ordinateur et transmet les images en temps réel au centre de contrôle de l'A88, situé à Fontenai-sur-Orne, près d'Argentan. Il est programmé pour détecter plusieurs types d'anomalies : obstacle sur la route, départ de feu, circulation à contresens ou encore présence d'animaux errants. « Le drone est capable d'observer la situation en mode infrarouge. On voit nettement les mouvements de la personne », a expliqué Eric Denèl, ingénieur aviation, lors d'une démonstration nocturne où un individu s'était posté en bordure d'autoroute sans raison apparente.
Le système embarqué peut également traquer un point et le suivre automatiquement. « Si on voit que c’est un incendie qui est entièrement déclaré, là, on va mettre des mesures de protections plus fermes, comme arrêter la circulation. Cela permet de graduer la réponse », a précisé Eric Denèl.
Un gain de temps pour les patrouilleurs
L'objectif de ce dispositif n'est pas de verbaliser les conducteurs, mais de renforcer la sécurité des usagers et des équipes d'intervention. « On a un drone qui va plus rapidement sur site, et avec les images on est en capacité de prendre la bonne décision au PC », a souligné Arnaud de Froissard, président de la société Alicorne A88.
Ce type de surveillance aérienne n'est pas entièrement nouveau en France, puisque des drones sont déjà utilisés pour inspecter les rails de la SNCF, afin de lutter contre les vols de cuivre et les actes de sabotage. L'expérimentation sur l'A88 ouvre la voie à un possible déploiement plus large sur le réseau autoroutier dans les années à venir.
Contexte et perspectives
Cette annonce intervient alors que la Sécurité routière a fait état d'une hausse de 4 % de la mortalité sur les routes de France au mois de mai 2026, par rapport à la même période de l'année précédente. Les autorités cherchent à diversifier les moyens de prévention et d'intervention pour inverser cette tendance.
Si les tests s'avèrent concluants, le drone de Delair pourrait devenir un auxiliaire régulier des patrouilleurs, permettant une détection plus rapide des incidents et une meilleure coordination des secours. Aucun calendrier de généralisation n'a toutefois été communiqué à ce stade.