Des salariés « choqués » par l’annonce des drones de guerre
La CGT de Renault a vivement réagi à l’officialisation, lors du salon Eurosatory, de la production en série de drones de combat par le constructeur automobile. Le syndicat a indiqué que des salariés se sont dits « choqués » par cette annonce, qui traduit selon lui une « orientation militaire » du groupe, qualifiée d’« avancement masqué » de la diversification vers le secteur de la défense. La direction de Renault a dévoilé, en partenariat avec Thales, un projet visant à fabriquer à partir de 2027 plusieurs centaines, voire un millier de drones par mois, notamment le modèle « Toutatis », un drone de combat dit « kamikaze ». Cette annonce a été faite sans que le personnel ou ses représentants aient été préalablement consultés, ce que la CGT a dénoncé comme un manquement au dialogue social.
Une stratégie industrielle qui suscite l’inquiétude
Les représentants syndicaux estiment que ce virage vers le militaire détourne Renault de sa vocation première, à savoir la production de véhicules civils, et qu’il intervient sans débat préalable avec les instances représentatives du personnel. La CGT a également souligné que les salariés n’ont pas été informés des implications concrètes de ce partenariat sur l’emploi, les compétences et l’organisation du travail. Selon le syndicat, cette absence de transparence pourrait générer des tensions au sein des usines, notamment à ceux qui pourraient être amenés à produire ces équipements militaires dans le cadre d’une filière dite « souveraine ». La direction de Renault, de son côté, défend cette alliance comme un moyen de « bâtir une filière drone souveraine en France » et de créer des emplois industriels.
Critiques sur le fond et la forme
Au-delà de la forme, la CGT a critiqué le fond de ce partenariat, estimant qu’il marque une rupture avec l’histoire industrielle du groupe et ses engagements passés. Le syndicat craint que cette orientation ne nuise à l’image de Renault et ne compromette sa capacité à se concentrer sur les défis de la transition écologique et de la mobilité durable. Des voix se sont également élevées parmi les salariés pour exprimer leur désaccord avec la production d’armements, certains estimant que cela contredit les valeurs humanistes de l’entreprise. La direction de Renault n’a pas répondu directement à ces critiques, mais a insisté sur le fait que ce projet répond à une demande de l’État français en matière de souveraineté industrielle et qu’il s’inscrit dans une logique de diversification nécessaire face aux mutations du marché automobile.
Le contexte du salon Eurosatory
L’annonce a été faite en marge du salon Eurosatory, le plus grand salon mondial de la défense terrestre, qui se tient à Paris. Renault y a présenté, aux côtés de Thales, le véhicule tactique « 4 TROOP » et a officialisé la montée en cadence de la production de drones. Ce salon a été l’occasion pour le groupe de démontrer sa capacité à fournir des solutions « du châssis au drone », selon les termes de la direction. La CGT, qui s’était déjà opposée à des projets similaires par le passé, a promis de poursuivre son action pour obtenir une consultation des salariés et un débat sur la stratégie industrielle du groupe.