La confiance des fidèles est mise à rude épreuve. Le temple Ram Mandir à Ayodhya, l'un des sites de pèlerinage les plus fréquentés d'Inde, fait l'objet d'un scandale de corruption. La fondation indépendante chargée de sa gestion, le Shri Ram Janmabhoomi Teerth Kshetra Trust, a annoncé une réorganisation de sa direction après des allégations selon lesquelles des dons s'élevant à des millions de dollars auraient été détournés.
Lors d'une réunion tenue lundi, le conseil d'administration a accepté la démission de Champat Rai, le secrétaire général, et d'Anil Mishra, un autre responsable. Selon le trésorier du trust, Govind Dev Giri, ces démissions interviennent après le dépôt d'une plainte par la police le 25 juin. Un nouveau secrétaire général par intérim, Krishna Mohan, un ancien forestier membre du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), l'organisation matrice du parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP), a été nommé. Par ailleurs, un poste de directeur général a été créé ; un comité de trois membres est chargé de proposer des candidats.
Les soupçons de malversation ont été déclenchés par un ancien superviseur comptable de la fondation, Mahipal Singh. Selon ses déclarations, il aurait été licencié après avoir signalé en interne des irrégularités dans la gestion des offrandes. Ses affirmations ont rapidement enflammé la classe politique. L'opposition, menée par l'ancien ministre en chef de l'État d'Uttar Pradesh, Akhilesh Yadav, a accusé la direction du temple de détourner des sommes colossales. Des recours ont été déposés devant la Haute Cour de l'État et la Cour suprême pour réclamer une enquête supervisée par le tribunal et confiée à la police fédérale.
Sous la pression, le gouvernement de l'Uttar Pradesh a mis en place une équipe spéciale d'enquête (SIT) de trois membres. Sur la base d'un rapport préliminaire de cette équipe, la police d'Ayodhya a enregistré une plainte pour détournement présumé et a arrêté huit suspects, actuellement en cours d'interrogatoire.
"Ma priorité est d'identifier et de combler toutes les failles pour que de tels incidents ne se reproduisent jamais", a déclaré Krishna Mohan dans ses premières déclarations. Il a reconnu que ces allégations avaient porté atteinte à l'image de la fondation et semé la méfiance dans la société.
Le trésorier Giri a fourni des détails sur les finances du temple. Selon lui, la fondation a reçu 5,82 milliards de roupies (environ 61 millions de dollars) de dons de la part des dévots jusqu'au 31 mars 2026. Sur cette somme, 3,19 milliards de roupies (environ 33,5 millions de dollars) ont été consacrés à l'entretien du sanctuaire. Il n'a pas été précisé quel montant exact aurait été détourné, mais un ancien élu local a avancé le chiffre de plus de 70 millions de roupies.
Un symbole politique ébranlé
Ce scandale intervient à un moment politiquement sensible. Le temple Ram Mandir, inauguré en janvier 2024 par le Premier ministre Narendra Modi, est un projet phare de son gouvernement et un symbole de la montée de l'hindouisme nationaliste. Construit sur le site d'une mosquée du XVIe siècle détruite par une foule hindoue en 1992, un événement qui avait déclenché des émeutes meurtrières, il attire environ 50 millions de visiteurs par an.
Pour Brajesh Kumar, un habitant d'Ayodhya âgé de 65 ans, c'est un sentiment de trahison qui domine. "Nous avons été trahis, ils ont pillé notre foi", a-t-il confié. Les élections dans l'Uttar Pradesh, l'État le plus peuplé d'Inde, sont prévues dans les prochains mois, et ce scandale pourrait peser dans la campagne.
La fondation avait initialement nié tout acte répréhensible. La réorganisation de sa direction et l'ouverture de l'enquête sont perçues comme une tentative de répondre à la crise. L'ampleur exacte du préjudice et l'identité des commanditaires restent à déterminer par l'enquête en cours.