Des réquisitions lourdes pour « système de maltraitrance humaine »

Ce mardi 7 juillet 2026, le tribunal judiciaire de Nice a entendu les réquisitions du ministère public dans le cadre du procès de deux influenceurs liés à l'affaire JeanPormanove. Le parquet a requis une peine de 30 mois d'emprisonnement, dont 18 mois assortis d'un sursis probatoire, à l'encontre du streamer connu sous le pseudonyme Naruto. Ce dernier est un proche collaborateur de Jean Pormanove, figure controversée de la sphère des créateurs de contenu en ligne.

Lors de son réquisitoire, le procureur a qualifié les faits reprochés à Naruto de « système de maltraitance humaine », selon une source proche du dossier. Les charges portent notamment sur des violences volontaires et des abus de faiblesse commis à l'encontre de plusieurs jeunes adultes recrutés pour intégrer la communauté en ligne dirigée par Jean Pormanove. Les enquêteurs ont mis au jour un fonctionnement quasi-sectaire, où les membres étaient soumis à des conditions de vie dégradantes, à un contrôle permanent et à des humiliations répétées.

La famille de la victime réclame des comptes

Parallèlement à ce volet judiciaire, le frère de Jean Pormanove, dont le corps avait été retrouvé sans vie en mars 2025, a saisi la justice pour demander la réouverture de l'enquête sur les circonstances de ce décès. Dans une déclaration transmise à l’audience, il a exprimé ses doutes quant à la thèse du suicide initialement retenue par les enquêteurs. Il estime que les éléments découverts au cours de l’instruction contre les deux influenceurs pourraient avoir un lien direct avec la mort de son frère et souhaite que de nouvelles investigations soient menées.

Un procès qui met en lumière les dérives des communautés en ligne

Ce procès, qui se tient à huis clos partiel en raison de la sensibilité des faits, a déjà révélé des témoignages glaçants d'anciens membres de l’entourage de Jean Pormanove. Plusieurs jeunes, souvent fragiles psychologiquement, racontent avoir été recrutés via les réseaux sociaux, puis isolés de leurs proches et contraints de travailler de longues heures sans rémunération, sous la menace de représailles ou d’exclusion.

Les deux prévenus comparaissent libres sous contrôle judiciaire. Naruto, de son vrai nom non divulgué, est également poursuivi pour des faits de séquestration et de mise en danger de la vie d’autrui. Son avocat a plaidé pour une relaxe partielle, contestant la qualification de « système de maltraitance » et affirmant que les relations au sein du groupe étaient librement consenties.

Vers un procès en appel ?

Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 15 septembre 2026. En attendant, les parties civiles, notamment la famille de Jean Pormanove, espèrent que les réquisitions du parquet ouvriront la voie à une reconnaissance judiciaire des souffrances endurées par les victimes. La demande de nouvelle enquête formulée par le frère de la victime sera examinée par le parquet de Nice, qui pourrait ordonner des investigations complémentaires si des éléments nouveaux venaient à étayer ses soupçons.

Cette affaire, qui mêle dérives sectaires, cyber-harcèlement et exploitation, interroge sur les responsabilités des plateformes et des influenceurs dans la protection des publics vulnérables. Plusieurs associations de défense des victimes ont salué la sévérité des réquisitions, y voyant un signal fort envoyé aux communautés en ligne tentées par des pratiques abusives.