La direction de Sciences Po est secouée par une période de vives tensions, cristallisée autour des méthodes du directeur Luis Vassy, en poste depuis près de deux ans. Plusieurs enseignants critiquent sa gestion, qu’ils jugent autoritaire et éloignée du consensus académique, tandis que d’autres saluent sa détermination à imposer des réformes structurelles dans un contexte déjà marqué par des événements politiques.
Une opposition interne qui s’organise
Le malaise couve depuis plusieurs semaines. La goutte d’eau a été l’évacuation par les forces de l’ordre d’actions de soutien à la Palestine menées par des étudiants rue Saint-Guillaume, au printemps. Cette intervention a provoqué une onde de choc dans l’établissement, certains professeurs dénonçant une « brutalisation » du dialogue et une dérive sécuritaire. Des pétitions et prises de position collectives ont rapidement circulé, dénonçant les pratiques du directeur.
Luis Vassy, ancien diplomate nommé à la tête de l’école, est présenté par ses détracteurs comme l’incarnation d’un « retour à l’ordre » après des mois de mobilisations pro-palestiniennes. Ses partisans, en revanche, louent son cap et sa capacité à tenir ses réformes malgré ce qu’ils qualifient de « campagne de déstabilisation ». Les échanges se sont durcis, les camps se sont polarisés.
Une réunion pour tenter d’apaiser
Le 29 mai, un « sénat académique » réunissant des membres du corps enseignant s’est tenu dans les locaux parisiens de Sciences Po. À l’ordre du jour figuraient les moyens de renouer le dialogue avec la direction et les étudiants après la flambée de contestation. Plusieurs professeurs ont plaidé pour une désescalade et la mise en place d’instances de médiation.
Selon des participants, la réunion n’a pas abouti à une motion commune, mais a permis de poser les bases d’une réflexion collective sur la gouvernance. Certains enseignants ont exprimé le souhait d’un « retour au calme » et d’une sortie par le haut, sans pour autant désavouer publiquement Luis Vassy. D’autres, plus hostiles, ont rappelé leur opposition à ce qu’ils considèrent comme une dérive managériale.
Un contexte politique et institutionnel lourd
Au-delà de la seule personnalité du directeur, les tensions reflètent des fractures plus profondes au sein de Sciences Po. L’établissement, fréquemment secoué par des débats sur son indépendance, son financement ou son ouverture sociale, voit ses équilibres internes mis à l’épreuve. L’évacuation des mobilisations étudiantes a également relancé les critiques sur le rôle des forces de l’ordre dans l’enceinte universitaire.
Luis Vassy, pour sa part, maintient le cap et entend poursuivre les chantiers de réforme engagés, qu’il s’agisse de la refonte des programmes ou de la gestion des ressources. Ses opposants dénoncent un manque de transparence et de concertation. À ce stade, aucune procédure formelle de destitution n’a été lancée, mais le climat reste pesant.
Quelles suites pour la gouvernance ?
La question de l’avenir du directeur se pose désormais publiquement. Si le « sénat académique » a vocation à apaiser, il n’a pas réglé le fond du litige. Les prochaines semaines diront si le dialogue esquissé portera ses fruits ou si la crise se prolongera. Plusieurs professeurs ont appelé à une réunion élargie associant l’ensemble des parties prenantes, y compris les étudiants.
Pour l’heure, Sciences Po reste en équilibre instable, partagée entre la volonté de tourner la page des polémiques et l’exigence de réformes qui divisent. La détermination affichée par Luis Vassy à ne pas céder face à la contestation laisse présager des affrontements à venir, en l’absence de compromis durable.