Le gouvernement de Hong Kong a annoncé mercredi avoir inculpé sept personnes et deux sociétés pour une série d'infractions, dont l'homicide involontaire, en lien avec le plus grave incendie qu'ait connu la ville depuis des décennies. Le sinistre, survenu en novembre dernier, avait ravagé sept immeubles d'habitation du complexe Wang Fuk Court, dans le nord de Hong Kong, causant la mort de 168 personnes. Les flammes, d'une intensité exceptionnelle, avaient nécessité plusieurs jours d'intervention des pompiers et les restes de certaines victimes étaient méconnaissables.
Les 25 chefs d'accusation retenus à l'issue d'une enquête conjointe menée par la police et la commission anticorruption de la ville incluent également la conspiration en vue de commettre une fraude, le blanchiment d'argent, la tentative d'entrave au cours de la justice et la fraude fiscale, selon un communiqué officiel. Le document ne précise pas les noms des individus ou des entreprises poursuivis, ni la répartition exacte des chefs d'accusation entre les prévenus. Les autorités n'ont pas répondu dans l'immédiat aux demandes de clarification.
Rôles dans le projet de rénovation
Les sept personnes inculpées occupaient différentes fonctions dans le cadre du projet de rénovation en cours au moment du drame. Selon le communiqué, elles comprenaient des administrateurs et un inspecteur de la société de conseil chargée du projet, ainsi que des dirigeants de l'entreprise principale de travaux. Dès le mois de décembre, des responsables officiels avaient indiqué que les entrepreneurs en charge de la réhabilitation, imposée par la puissance publique, avaient recouvert les bâtiments d'un filet de protection de qualité insuffisante avant de tenter de dissimuler leurs agissements. Les autorités avaient aussi signalé que les alarmes incendie des tours ne fonctionnaient pas correctement et que des matériaux de construction, tels que ce filet et des revêtements de fenêtres en polystyrène expansé, avaient favorisé la propagation rapide du feu.
Témoignages accablants lors des auditions
Les survivants et les familles des victimes attendaient depuis des mois que la lumière soit faite sur les responsabilités. Nombre d'entre eux ont suivi avec attention les auditions menées par une commission d'enquête indépendante désignée par le gouvernement. Au cours de ces séances, des centaines de témoignages et plus d'un million de pièces à conviction – notamment des messages WhatsApp et des enregistrements d'appels d'urgence – ont montré que les résidents s'étaient plaints pendant des mois de la présence d'ouvriers fumant près de déchets de chantier et avaient interrogé la sécurité des matériaux qui recouvraient leurs immeubles.
Les auditions ont également suggéré que des fenêtres avaient été retirées des cages d'escalier de secours, facilitant la propagation de l'incendie, et que des réservoirs d'eau avaient été vidés. Victor Dawes, avocat principal de l'enquête, a déclaré que les dispositifs de sécurité incendie avaient failli en raison « d'erreurs humaines », notamment la désactivation des alarmes incendie pour permettre les travaux de rénovation, ce qui avait retardé l'évacuation alors que le feu se propageait. Les inculpations annoncées mercredi constituent les premières poursuites pénales formelles engagées dans cette affaire, après que la police eut déjà effectué des dizaines d'arrestations en lien avec l'incendie.