Les autorités singapouriennes ont annoncé la saisie d'une propriété résidentielle de standing évaluée à 55 millions de dollars singapouriens (environ 42,5 millions de dollars américains) dans le cadre d'une enquête portant sur un trafic présumé de puces d'intelligence artificielle de la marque Nvidia. La transaction immobilière aurait été financée pour au moins deux tiers par des fonds d'origine criminelle, selon les déclarations officielles.
La villa, située dans un quartier huppé à proximité des jardins botaniques de la cité-État, fait l'objet d'une interdiction de cession pendant toute la durée des investigations. Cette mesure vise à empêcher toute aliénation du bien avant l'issue de la procédure judiciaire.
Mise en examen du dirigeant d'Aperia Group
Wei Zhaolun, également connu sous le nom d'Alan Wei, sera poursuivi pour blanchiment d'argent. Il est accusé d'avoir utilisé environ 38 millions de dollars singapouriens de produits illicites pour acquérir la demeure. Wei dirige le groupe Aperia, une société spécialisée dans la vente de serveurs et de matériel informatique aux entreprises.
Outre cette saisie immobilière, les forces de l'ordre ont également gelé près d'un million de dollars singapouriens détenus sur des comptes bancaires. Au total, quatre personnes, dont Wei, sont mises en cause depuis février 2025 pour fraude et autres infractions en lien avec cette affaire.
Des commandes de serveurs sous de faux prétextes
Selon le rapport de police, les suspects auraient passé commande de serveurs auprès de fournisseurs internationaux en faisant croire que ces équipements étaient destinés à un usage interne par les entreprises pour lesquelles ils travaillaient. Les serveurs incriminés provenaient de trois fabricants : Dell, Super Micro Computer et Asus. Les autorités n'ont pas précisé la destination finale des marchandises.
En cas de condamnation pour fraude, les quatre prévenus encourent une peine d'emprisonnement pouvant atteindre vingt ans. Par ailleurs, des sociétés basées à Singapour – Luxuriate Your Life et trois entités du groupe Aperia – sont également poursuivies. La police a souligné qu'il s'agit de la première fois que des personnes morales sont traduites en justice dans le cadre de ces enquêtes.
Un contexte de restrictions américaines
Cette affaire s'inscrit dans le durcissement des contrôles à l'exportation imposés par Washington depuis 2022 sur les processeurs Nvidia les plus avancés, en raison de craintes qu'ils ne soient utilisés par l'armée chinoise. Le département de la Justice américain avait déjà identifié Singapour comme une plaque tournante du transit illégal vers la Chine.
Les autorités singapouriennes avaient reconnu en 2025 que des serveurs contenant des puces soumises à ces restrictions avaient probablement transité par l'île. Depuis, les États-Unis ont autorisé la vente de certains semi-conducteurs Nvidia à la Chine, sous conditions.
La police singapourienne a réaffirmé sa « tolérance zéro » envers ces infractions et promis d'agir contre quiconque enfreindrait les lois nationales, afin de préserver la réputation de la cité-État comme centre d'affaires fiable.