Les Nations unies tirent la sonnette d’alarme face à l’escalade de la violence au Soudan. Un bilan établi par l’organisation fait état de plus de mille civils tués par des drones au cours des six premiers mois de l’année 2026. Dans le même temps, les agressions sexuelles sont décrites comme « omniprésentes » par les enquêteurs onusiens, qui pointent une détérioration dramatique des conditions de vie des populations.
Cette nouvelle évaluation intervient alors que la ville d’El-Obeid, située dans la région du Kordofan, est en proie à un siège de plusieurs mois mené par les Forces de soutien rapides (FSR). Les paramilitaires encerclent la localité et multiplient les bombardements aveugles, privant les habitants d’accès à l’eau potable et aux denrées alimentaires. La communauté internationale redoute un assaut d’ampleur, comparable aux massacres perpétrés en novembre 2025 à El Fasher, où des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes auraient péri.
Des frappes indiscriminées et des violences sexuelles systématiques
L’usage intensif de drones par les belligérants a considérablement alourdi le bilan civil. Les appareils, difficilement interceptables, frappent des marchés, des habitations et des infrastructures médicales sans distinction. Des témoins rapportent que les habitants vivent dans la terreur permanente, n’osant plus se déplacer en plein jour. Parallèlement, les violences sexuelles sont utilisées comme arme de guerre. Des équipes de l’ONU ont recueilli des récits de viols, d’esclavage sexuel et de mariages forcés, touchant des femmes et des filles déplacées, parfois sous les yeux de leurs familles.
Une catastrophe humanitaire imminente à El-Obeid
La ville d’El-Obeid, verrou stratégique du Kordofan, est au bord de l’effondrement. Les convois humanitaires ne peuvent plus entrer, et les stocks de nourriture et de médicaments s’épuisent. L’organisation onusienne avait déjà alerté, dès la mi-juin, sur une « offensive imminente » des FSR, appelant à une trêve immédiate. Plusieurs gouvernements étrangers ont condamné les violences et exhorté les parties à revenir à la table des négociations, mais les appels restent pour l’heure sans effet.
Un conflit qui s’enlise
La guerre entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapides a éclaté en avril 2023 et n’a cessé de s’étendre. Le pays est aujourd’hui coupé en deux, les paramilitaires contrôlant une large partie de l’ouest et du centre. Les camps de déplacés, déjà saturés, manquent de tout – eau, nourriture, soins –, rendant la vie des réfugiés insoutenable, selon des travailleurs humanitaires. L’ONU estime que plus de la moitié de la population soudanaise a besoin d’une aide d’urgence.
Face à cette crise, la communauté internationale peine à imposer un cessez-le-feu. Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni à plusieurs reprises sans parvenir à une résolution contraignante. Des organisations de défense des droits humains dénoncent une « indifférence criminelle » et réclament des mesures concrètes, notamment l’interdiction de livraisons d’armes aux belligérants.
Des risques d’atrocités de masse
Plusieurs experts indépendants des droits de l’homme ont exprimé leur crainte de voir se reproduire des atrocités de masse comparables à celles du Darfour au début des années 2000. La concentration des combats autour d’El-Obeid et la multiplication des frappes aériennes et de drones font craindre un nouveau bain de sang. Les témoignages recueillis auprès de rescapés évoquent des exécutions sommaires et des destructions délibérées de quartiers entiers.
L’organisation onusienne continue d’appeler à un arrêt immédiat des hostilités et à la protection des civils. Elle insiste sur la nécessité de garantir un accès humanitaire sans entrave et de mettre fin à l’impunité des auteurs de violences sexuelles. Mais sur le terrain, le siège se resserre et les drones continuent de frapper.