Le second tour de l'élection présidentielle colombienne, prévu ce dimanche, oppose deux candidats que tout sépare : Abelardo de la Espriella, un avocat pénaliste et homme d'affaires de 47 ans sans expérience politique, et Iván Cepeda, sénateur de 63 ans, militant des droits humains et figure de la gauche. Le premier, donné vainqueur dans les sondages, a reçu un soutien de poids en la personne de Donald Trump, qui l'a publiquement appuyé il y a quelques jours. Le président américain a qualifié son adversaire de « marxiste radical de gauche ».
Une ascension fulgurante
Abelardo de la Espriella, qui se présente comme un « tigre » prêt à s'attaquer aux trafiquants de drogue, a créé la surprise au premier tour, le 31 mai, en obtenant près de 44 % des suffrages, devançant Iván Cepeda (environ 41 %) et un candidat conservateur traditionnel. Jusqu'alors quasi inconnu, il a sillonné l'Amérique latine et fréquenté le club de golf de Donald Trump près de Miami pour nouer des contacts. Sa campagne, largement autofinancée, a misé sur une communication virale sur les réseaux sociaux et un discours populiste.
Le candidat n'hésite pas à employer un langage martial, promettant de « désosser la gauche » et de poursuivre sans merci ses opposants avec l'aide des États-Unis. Ses partisans voient en lui l'homme providentiel pour en finir avec les groupes criminels liés à la cocaïne. Ses détracteurs, en revanche, dénoncent une dérive autoritaire. Il a dû récemment s'excuser après des propos sexistes tenus à l'encontre d'une journaliste colombienne.
La gauche en difficulté
Iván Cepeda, soutenu par le président sortant Gustavo Petro et sa base électorale, a longtemps fait la course en tête dans les sondages. Mais sa campagne a été jugée « catastrophique » par des observateurs, y compris au sein de son propre camp. Il a refusé la plupart des débats et s'est contenté d'interviews dans des médias amis. Le premier tour a sonné le réveil : il a depuis parcouru le pays, abandonné ses discours très préparés et attaqué frontalement son adversaire.
Le bilan de Gustavo Petro est contrasté. Son mandat a vu la pauvreté tomber à un niveau historiquement bas, grâce à l'expansion des programmes sociaux et des subventions. Mais il a aussi été marqué par des scandales, une reprise en main délicate du système de santé et des dépenses jugées excessives, provoquant selon un ancien ministre des Finances une profonde crise budgétaire. La hausse du salaire minimum a, selon certains Colombiens, entraîné des pertes d'emplois. « Il s'est entouré des mauvaises personnes et a tout perdu », résume un habitant de Barranquilla.
Un duel sous influence américaine
L'implication de Donald Trump dans la campagne colombienne est inédite. En apportant son soutien à Abelardo de la Espriella, le président américain pèse sur le scrutin dans un pays traditionnellement proche de Washington. Iván Cepeda, sénateur et ancien professeur d'université, incarne une gauche longtemps associée à la guérilla et désormais crédible, mais que Trump cherche à diaboliser.
Enjeux et perspectives
Le vainqueur de dimanche devra faire face à d'immenses défis : la violence liée au narcotrafic, une situation fiscale dégradée, et une société colombienne profondément divisée. Abelardo de la Espriella promet une ligne dure contre le crime, tandis qu'Iván Cepeda assure vouloir prioriser la santé, le déficit – sans toucher aux dépenses sociales – et l'énergie. Les deux hommes revendiquent une légitimité que seuls les urnes pourront départager.