Un déjeuner placé sous le signe de la dépendance technologique
Alors que les dirigeants du G7 se réunissaient à Évian, les patrons d'OpenAI, d'Anthropic et de Google ont pris part à un déjeuner de travail consacré à l'intelligence artificielle. Mais au-delà des annonces et des promesses d'innovation, un sujet sensible a dominé les échanges : la souveraineté numérique des nations qui recourent aux technologies américaines.
Des craintes exprimées au plus haut niveau
Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi ont tous deux fait part de leur inquiétude face à la possibilité que les États-Unis puissent, du jour au lendemain, couper l'accès à leurs systèmes d'intelligence artificielle. « Les dirigeants du monde veulent l'IA américaine, mais ils ne veulent pas que les États-Unis aient le pouvoir de la désactiver », résument plusieurs participants cités par des sources concordantes. Cette préoccupation, loin d'être théorique, a été renforcée par un incident récent : une panne chez Anthropic a momentanément interrompu l'accès à ses modèles, rappelant la fragilité de la dépendance à un fournisseur unique.
La panne Anthropic comme avertissement
L'épisode évoqué en marge du sommet concerne une interruption de service chez Anthropic, l'un des principaux développeurs d'IA générative. Bien que temporaire, cette panne a provoqué une onde de choc parmi les utilisateurs institutionnels, qui ont réalisé que leur fonctionnement pouvait être paralysé sans préavis. « Ce qui est arrivé avec Anthropic est exactement ce que nous redoutons : une dépendance totale à un système que nous ne contrôlons pas », a confié un conseiller gouvernemental présent à Évian. Les délégations indienne et française ont insisté sur la nécessité de développer des alternatives locales ou, à tout le moins, des garanties contractuelles solides.
Les géants américains en position délicate
Face à ces critiques, les dirigeants des trois entreprises américaines ont cherché à rassurer leurs interlocuteurs. Sam Altman (OpenAI), Dario Amodei (Anthropic) et Sundar Pichai (Google) ont souligné leur engagement à opérer de manière responsable et à respecter les cadres réglementaires des pays hôtes. Toutefois, ils n'ont pas été en mesure de fournir d'engagement ferme sur une éventuelle clause de non-interruption unilatérale, ce qui a laissé les participants sur leur faim. Les discussions ont également porté sur la nécessité d'investir dans l'infrastructure de calcul et de données en Europe et en Asie pour réduire la dépendance.
Vers une souveraineté numérique partagée ?
Le sommet d'Évian marque un tournant dans la prise de conscience collective autour de la souveraineté numérique. L'Inde, qui dispose d'un écosystème technologique important, a proposé de servir de plateforme pour le développement de modèles d'IA « souverains », tandis que la France a rappelé ses investissements dans le supercalculateur Jean Zay et le plan d'IA du gouvernement. Les conclusions du G7 devraient appeler à une coopération renforcée pour garantir que l'intelligence artificielle reste un bien accessible à tous, sans risque de coupure intempestive.
Des annonces attendues
À l'issue du déjeuner, aucune déclaration conjointe n'a été publiée, mais les participants ont indiqué que des discussions techniques se poursuivraient dans les mois à venir. Un groupe de travail pourrait être mis en place pour examiner les modalités d'un « accès garanti » aux modèles d'IA américains, avec des mécanismes de transparence et de notification. En attendant, l'appel de Macron et Modi résonne comme un avertissement : la dépendance à l'IA américaine ne doit pas se transformer en vulnérabilité stratégique.