Le Parlement européen franchit un cap dans sa stratégie d'indépendance technologique. Dès cette semaine, le moteur de recherche Google sera remplacé par Qwant sur l'ensemble des postes de travail fournis aux eurodéputés et à leurs équipes. L'institution fait ainsi le choix d'une solution européenne pour son outil de recherche par défaut, marquant une rupture avec les géants américains de la tech.
Une décision politique autant que technique
Ce changement, effectif dans les prochains jours, concerne plusieurs milliers d'ordinateurs utilisés au sein de l'hémicycle et des bureaux des parlementaires. L'initiative s'inscrit dans une réflexion plus large sur la dépendance numérique de l'Union européenne vis-à-vis des acteurs étrangers, en particulier américains. Google, moteur dominant depuis des années, cède ainsi la place à Qwant, service français fondé en 2013 et réputé pour ne pas tracer ses utilisateurs ni exploiter leurs données personnelles à des fins publicitaires.
Les autorités du Parlement n'ont pas chiffré précisément le nombre de postes concernés, mais il s'agit d'un déploiement significatif, couvrant l'ensemble des équipements informatiques fournis par l'institution. Cette opération est présentée comme un geste symbolique fort, alors que les débats sur la souveraineté numérique et la protection des données prennent une ampleur croissante dans les instances européennes.
Qwant, un choix de souveraineté et de confidentialité
Qwant se distingue des moteurs de recherche dominants par son modèle économique et technique. Contrairement à Google ou Bing, il n'indexe pas les données personnelles de ses utilisateurs et ne stocke pas leur historique de recherche. Ce positionnement, axé sur la vie privée, a séduit les décideurs européens soucieux de promouvoir des alternatives respectueuses des réglementations communautaires, notamment le Règlement général sur la protection des données (RGPD).
L'entreprise française, basée à Paris, a déjà été choisie par plusieurs administrations et collectivités en France. Son adoption par le Parlement européen constitue toutefois une reconnaissance politique majeure à l'échelle continentale. Elle pourrait encourager d'autres institutions de l'Union à suivre la même voie, renforçant ainsi l'écosystème numérique européen.
Contexte de défiance vis-à-vis des géants américains
Ce basculement intervient dans un climat de méfiance croissante envers les grandes entreprises technologiques américaines, régulièrement accusées de pratiques anticoncurrentielles et de collecte excessive de données. Les récentes affaires liées à l'espionnage numérique et aux fuites de données ont renforcé la détermination des responsables politiques européens à réduire leur dépendance.
Le Parlement européen avait déjà pris des mesures en ce sens par le passé, notamment en favorisant l'usage de logiciels libres ou en imposant des critères stricts en matière de sécurité et de confidentialité dans ses marchés informatiques. Le remplacement de Google par Qwant s'inscrit donc dans une stratégie cohérente et progressive.
Réactions et perspectives
Si la décision a été saluée par les partisans d'une Europe numérique plus autonome, elle n'a pas fait l'objet d'annonces officielles fracassantes de la part de la présidence du Parlement. Les services techniques de l'institution ont procédé au changement de manière ordonnée, sans perturber le travail des députés. Aucune réaction directe de Qwant n'a été communiquée dans l'immédiat, mais l'entreprise a déjà exprimé par le passé sa volonté de devenir un acteur de référence pour les institutions publiques.
Ce choix pourrait également avoir un effet d'entraînement sur d'autres organisations européennes, comme la Commission ou le Conseil, qui examinent régulièrement leurs fournisseurs de services numériques. À terme, la généralisation de Qwant ou d'autres moteurs européens pourrait contribuer à desserrer l'emprise des géants américains sur le marché de la recherche en ligne en Europe.
Un symbole plus qu'une révolution technique
Les experts en technologies notent toutefois que ce changement reste avant tout symbolique. Google conserve une écrasante majorité des parts de marché des moteurs de recherche en Europe et dans le monde. Qwant, malgré ses qualités, ne dispose pas encore de la même puissance d'indexation ni de la même reconnaissance grand public. Néanmoins, le geste du Parlement européen envoie un signal clair : la souveraineté numérique n'est plus seulement un sujet de discours, elle devient une réalité concrète dans le fonctionnement des institutions.
Ce précédent pourrait encourager d'autres acteurs publics et privés à explorer des alternatives aux solutions dominantes, dans un contexte où la régulation des plateformes numériques est l'une des priorités de l'Union européenne pour les années à venir.