L'essor de l'intelligence artificielle entraîne une hausse vertigineuse de la consommation électrique des centres de données, une facture qui, aux États-Unis, pèse aujourd'hui en partie sur les ménages. Le Congrès américain entend désormais faire assumer ce coût par les entreprises qui en sont à l'origine.

Le sous-comité de l'énergie de la commission de l'Énergie et du Commerce de la Chambre des représentants vote mercredi sur un ensemble de propositions de loi. L'objectif affiché est d'empêcher que les foyers ordinaires subventionnent, via leurs factures d'électricité, l'expansion fulgurante des infrastructures dédiées à l'intelligence artificielle.

Le Ratepayer Protection Act au cœur du dispositif

Le texte phare de ce paquet législatif est le "Ratepayer Protection Act" (loi sur la protection des consommateurs d'électricité), également connu sous la référence H.R. 9340. Il s'agit d'une initiative bipartisane, portée par le représentant républicain du Colorado Gabe Evans et cosignée par la démocrate de Floride Kathy Castor.

Cette proposition de loi vise à inscrire dans la loi le principe sous-jacent à l'"engagement de protection des consommateurs" pris par le président Donald Trump. En vertu de cet engagement, les grandes entreprises du numérique se sont engagées à couvrir elles-mêmes les coûts énergétiques de leurs centres de données. Concrètement, le texte modifie une loi sur les services publics datant de 1978. Il oblige les plus gros consommateurs d'électricité à assumer la totalité du coût incrémental des améliorations du réseau électrique réalisées pour les desservir.

Le seuil retenu est de 100 mégawatts ou plus pour un site non résidentiel. Ce niveau est conçu pour cibler les grands centres de données. La loi couvre également les coûts dits "irrécupérables" : si un client quitte le site, il reste redevable des investissements réalisés pour son compte.

Un deuxième texte au nom évocateur

Un second projet de loi, baptisé "Protecting Families from AI Data Center Energy Costs Act" (loi sur la protection des familles contre les coûts énergétiques des centres de données d'IA), est également soumis au vote. Son intitulé traduit la volonté du législateur de protéger les ménages des retombées financières de la course à l'intelligence artificielle.

Les détails complets de ce deuxième texte n'ont pas été divulgués, mais il s'inscrit dans la même dynamique que la proposition principale : faire payer aux géants de la technologie ce que l'accélération de l'IA coûte au réseau électrique.

Une première étape politique significative

Bien que ce vote ne représente qu'une étape préliminaire dans un processus législatif long — un examen en sous-comité n'est que le début d'un cheminement qui devra passer par la commission plénière, puis par les deux chambres — la démarche est jugée importante. Il s'agit en effet de la première fois que des dirigeants républicains se rallient autour de propositions concrètes pour endiguer l'augmentation des tarifs électriques liée aux centres de données.

La croissance exponentielle du nombre de centres d'IA a entraîné une demande énergétique sans précédent, faisant grimper les prix de l'électricité dans plusieurs régions des États-Unis. Les compagnies d'électricité locales ont dû investir massivement dans de nouvelles capacités de production et de transport, des coûts qu'elles répercutent sur l'ensemble de leurs abonnés, y compris les ménages.

Le débat au Congrès reflète une préoccupation grandissante parmi les élus : l'innovation technologique ne doit pas se faire au détriment du pouvoir d'achat des citoyens. Si les textes devaient être adoptés dans leur forme actuelle, ce serait un changement de paradigme pour le secteur, qui verrait le coût de l'électricité des centres d'IA être internalisé par les entreprises plutôt que socialisé.