L’opération d’évacuation du plus vaste bidonville de France, installé depuis quinze ans sur d’anciens jardins ouvriers à Stains (Seine-Saint-Denis), a été menée mercredi 1er juillet à l’aube. Conjuguant les efforts de la commune et de la préfecture, elle met fin à une occupation qui a durablement marqué le quartier et suscité des réactions contrastées.
Une évacuation préparée de longue date
Le démantèlement a été planifié plusieurs mois en amont, dans le cadre d’une coordination entre les autorités locales et départementales. Le préfet de Seine-Saint-Denis, Julien Charles, a salué « l’organisation collective » déployée avec des associations, qui a permis un « traitement organisé » du site. Selon lui, la population présente ces derniers mois était tombée à environ 600 personnes, alors que le bidonville avait pu accueillir entre 1 000 et 1 500 résidents à son apogée.
Certaines familles, en particulier celles dont les enfants étaient scolarisés, se sont vu proposer des solutions de relogement. En amont de l’évacuation, de nombreux habitants avaient déjà quitté les lieux de leur propre initiative.
Le soulagement des riverains
Pour les habitants du voisinage, la fin de cette occupation représente un soulagement après des années de nuisances. Yves, riverain installé dans le quartier depuis trois décennies, a décrit un quotidien devenu invivable. « C’est infesté de rats ici », a-t-il confié. « C’est infernal à vivre, c’est monstrueux. Je ne sais pas comment on peut en France, en 2026 avoir ça. On est tombé bien bas. »
Propriétaire de son logement, il espère désormais pouvoir vendre rapidement. « Je me suis demandé comment j’ai fait pour rester 14 ans comme ça mais là je n’en peux plus. Dès que je peux vendre, je m’en vais », a-t-il ajouté.
L’attachement paradoxal des expulsés
De l’autre côté du prisme, des occupants du bidonville expriment un sentiment bien différent. Alors que certains, arrivés il y a seulement trois mois, ont déjà pris la route de la Roumanie avec leurs valises de fortune, d’autres témoignent d’un attachement surprenant au lieu. « Ici, la vie était facile », expliquent-ils, décrivant une forme de solidarité et d’organisation qui leur permettait de survivre malgré l’extrême précarité. L’angoisse domine chez ceux qui ne savent pas où aller après l’expulsion. Plusieurs familles ont rassemblé leurs affaires et quitté les lieux avant l’intervention des forces de l’ordre, dans l’incertitude.
Un site emblématique de la précarité en France
Ce bidonville, perché sur des parcelles agricoles communales, était considéré comme l’un des plus anciens et des plus peuplés de France métropolitaine. Sa longévité – quinze ans – illustre les difficultés récurrentes à résorber l’habitat informel dans le pays, malgré les dispositifs d’accompagnement social. L’évacuation de ce mercredi marque la fin d’une époque, mais laisse en suspens la question du devenir des familles qui n’ont pas bénéficié de solution de relogement.