Stellantis franchit une nouvelle étape dans sa transformation numérique en concluant un partenariat avec le cabinet de conseil Accenture et le spécialiste des puces Nvidia. L'objectif affiché est d'accélérer le déploiement de jumeaux numériques pilotés par l'intelligence artificielle (IA) au sein de ses sites de production à travers le monde, afin de rendre ses opérations industrielles plus réactives et optimisées en temps réel.
Des usines devenues des systèmes logiciels
Le groupe, issu de la fusion entre PSA et FCA, possède plus d'une centaine d'usines réparties sur plusieurs continents. La démarche consiste à créer une copie virtuelle de chaque installation, constamment synchronisée avec les données réelles via des capteurs. Cette réplique numérique permet de simuler différents scénarios de production, d'anticiper les dysfonctionnements et de recommander des ajustements. L'IA agentique, capable de proposer des modifications en continu, boucle le système : les changements sont appliqués sur le terrain, et les résultats enrichissent à leur tour le modèle.
Stellantis espère ainsi réduire les temps d'arrêt, les défauts de fabrication, les coûts énergétiques et les délais de lancement de nouveaux modèles. Les premiers déploiements sont prévus dans des usines sélectionnées en Amérique du Nord dès cette année, afin d'évaluer la création de valeur et la capacité à étendre le dispositif à l'ensemble du réseau industriel.
Le rôle d'Accenture : architecte de l'intégration
Si Nvidia fournit sa plateforme de jumeaux numériques Omniverse – un environnement de simulation et de collaboration en temps réel –, c'est Accenture qui intervient en tant qu'intégrateur et architecte système. Le cabinet de conseil apporte son expertise dans la transformation des grands groupes industriels, sa capacité à connecter les briques logicielles de Nvidia aux infrastructures existantes et son expérience des projets d'IA à grande échelle, notamment dans la supply chain et la production. Son rôle est d'industrialiser et de répliquer les cas d'usage d'une usine à l'autre, condition indispensable pour que le partenariat dépasse le stade du prototype.
Pour Accenture, l'enjeu est tout aussi stratégique. Le cabinet cherche à démontrer que l'IA générative et l'IA agentique produisent des résultats tangibles dans l'industrie lourde, dont l'automobile représente l'un des secteurs les plus complexes. Une réussite chez Stellantis constituerait une vitrine mondiale pour son offre d'IA industrielle et une référence face à ses concurrents (Capgemini, Deloitte, EY, PwC, IBM Consulting).
Nvidia confirme sa vision de l'usine virtuelle
De son côté, Nvidia continue de promouvoir sa plateforme Omniverse comme le socle des futures usines pilotées par l'IA. Jensen Huang, son président, défend depuis plusieurs années l'idée que chaque site de production disposera à terme d'une copie virtuelle synchronisée en permanence avec le monde réel. Le partenariat avec Stellantis et Accenture sert précisément cette vision : simulation des lignes avant leur mise en production, optimisation des flux logistiques, maintenance prédictive et contrôle qualité automatisé.
Un virage industriel au-delà du véhicule
Jusqu'à présent, les constructeurs automobiles concentraient leurs efforts technologiques sur les véhicules connectés et les logiciels embarqués. Avec cette initiative, Stellantis étend cette logique à l'usine elle-même. L'avantage concurrentiel ne résiderait plus seulement dans le design ou la motorisation, mais aussi dans la capacité à reconfigurer, optimiser et automatiser l'appareil industriel en temps réel grâce aux données et à l'IA.
Ce rapprochement s'inscrit dans une série de partenariats technologiques pour Stellantis, qui avait déjà noué des accords avec Mistral AI et Microsoft dans le domaine de l'IA générative. Le groupe avait notamment acquis 20 000 licences Microsoft 365 Copilot et lancé une centaine de projets d'IA générative. Avec Accenture et Nvidia, il porte désormais l'intelligence artificielle au cœur même de ses processus de production.