Le déménagement de la tapisserie de Bayeux vers le British Museum, opéré dans le plus grand secret sous escorte policière la semaine dernière, n'a laissé aucune trace visible sur l'œuvre. C'est ce qu'ont confirmé les autorités françaises et britanniques après une inspection réalisée en présence de la ministre de la Culture, Catherine Pégard.
Aucune altération apparente
Jeudi, l'ouvrage a été sorti de son caisson de transport pour être entièrement déployé. « Je suis en mesure de vous confirmer qu'il n'y a eu aucune altération visible et que la tapisserie a bien voyagé », a déclaré Delphine Christophe, directrice générale des patrimoines et de l'architecture au ministère français de la Culture, depuis les locaux du musée londonien. Elle a précisé que l'extraction s'était très bien déroulée, mobilisant plusieurs dizaines de personnes, dont des conservateurs français et britanniques.
La ministre Catherine Pégard, qui s'est rendue sur place vendredi, a estimé que l'état de la pièce était « magnifique ». « Nous pouvons voir que toutes les précautions ont été prises. Je crois que cela rassurera tous les sceptiques », a-t-elle déclaré. Le président du British Museum, George Osborne, a salué le travail des équipes : « Ils ont fait un travail remarquable en transportant cet objet très délicat de l'autre côté de la Manche et en le déroulant ici pour nous. »
Un périple minutieusement préparé
Le convoi avait quitté Bayeux dans la nuit du 9 juillet, sous escorte policière. La broderie de lin, longue de près de 70 mètres, avait été placée dans une caisse en aluminium climatisée, elle-même suspendue par douze amortisseurs dans une cage métallique pour absorber les vibrations. Le camion a emprunté le tunnel sous la Manche avant de rejoindre Londres, arrivant au British Museum vers trois heures du matin, où il a été accueilli par des applaudissements.
L'œuvre, qui raconte la conquête normande de l'Angleterre en 1066, n'avait pas été vue sur le sol britannique depuis près d'un millénaire. Son prêt, décidé en 2025 par le président français Emmanuel Macron, avait suscité des inquiétudes en France. Plusieurs experts redoutaient que le voyage n'aggrave les fragilités de la tapisserie, qui compte 30 déchirures non stabilisées et près de 10 000 trous. Un examen plus approfondi doit encore être mené par les conservateurs, mais les premiers constats sont rassurants.
Une exposition très attendue
La tapisserie sera présentée au public du 10 septembre 2026 au 11 juillet 2027, disposée à plat. La billetterie, ouverte depuis le début du mois, a connu un engouement exceptionnel, avec des temps d'attente virtuels pouvant atteindre neuf heures. Le conservateur Michael Lewis, qui avait suggéré dès 2013 que l'œuvre vienne en Grande-Bretagne, s'est dit « très enthousiaste. J'ai rêvé de ce moment pendant très, très longtemps. »