Un article qui divise le gouvernement
Un différend oppose la ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood au Premier ministre Keir Starmer au sujet de l'avenir du ministre de l'Immigration Mike Tapp. En cause : un article d'opinion publié dans la presse nationale dans lequel M. Tapp prenait position contre certains aspects du projet gouvernemental de réforme des visas, dont les grandes lignes doivent être présentées prochainement devant la Chambre des communes.
Dans ce texte, M. Tapp plaidait en faveur d'une exemption pour les travailleurs étrangers du secteur des soins, estimant que ceux arrivés au Royaume-Uni avec un visa de ce type et ayant respecté les règles ne devraient pas voir leur délai d'obtention du droit de séjour permanent allongé. « C'est une question sur laquelle je travaille dur », écrivait-il notamment.
La ministre dénonce une violation du code de conduite
La publication de cette tribune a provoqué l'ire de Shabana Mahmood. Selon plusieurs sources concordantes, la ministre de l'Intérieur n'aurait été informée de l'existence de cet article qu'au moment où la presse a contacté ses services pour obtenir une réaction. Elle considère que son subordonné a enfreint le code ministériel, qui impose aux membres du gouvernement de maintenir une unité collective et de ne pas exprimer publiquement de positions divergentes sur des décisions en cours d'élaboration.
Des proches de la ministre citent le passage suivant du code : « Le principe de responsabilité collective exige que les ministres puissent exprimer leurs opinions de manière franche dans le cadre privé, tout en présentant un front uni une fois les décisions arrêtées. » Sur cette base, Mme Mahmood a réclamé le départ de Mike Tapp.
Le 10 Downing Street campe sur ses positions
Le bureau du Premier ministre a toutefois fait savoir qu'il n'envisageait pas de limoger M. Tapp. Une source proche de Downing Street a indiqué qu'aucun plan n'était en cours pour l'écarter de ses fonctions. Cette position place Keir Starmer en porte-à-faux avec sa ministre de l'Intérieur, qui défend une ligne ferme sur le respect des règles de solidarité gouvernementale.
Cette dissension intervient dans un climat politique déjà tendu. Plusieurs députés travaillistes ont exprimé leur opposition au projet de réforme, qui prévoit notamment de doubler de cinq à dix ans le délai d'obtention de la résidence permanente pour la plupart des migrants. Les travailleurs du secteur sanitaire et social seraient soumis à un délai de quinze ans, tandis que ceux ayant perçu des prestations sociales pendant plus de douze mois devraient patienter vingt ans.
Des réformes contestées jusque dans les rangs travaillistes
Shabana Mahmood a défendu ces mesures en les qualifiant de réponse nécessaire à un afflux « sans précédent » de migrants. Mais des dizaines de députés de son propre camp ont critiqué le caractère rétroactif des dispositions proposées, les jugeant « contraires à l'esprit britannique » et accusant le gouvernement de « déplacer les poteaux ».
Le projet de loi sur l'immigration et l'asile, qui vise à augmenter les expulsions forcées des personnes déboutées de leur demande d'asile, doit être présenté devant la Chambre des communes dans les prochains jours.
Un contexte de succession à venir
Ce bras de fer a lieu alors que Keir Starmer a annoncé son intention de quitter ses fonctions, ce qui a ouvert une période de transition et de compétition pour sa succession. Andy Burnham est largement pressenti pour prendre la tête du Parti travailliste et du gouvernement. Les tensions actuelles entre la ministre de l'Intérieur et le Premier ministre pourraient refléter les luttes d'influence en vue de cette passation de pouvoir.
Interrogé avant que le conflit n'éclate au grand jour, le porte-parole officiel du Premier ministre avait déclaré : « Le Premier ministre et tous les ministres restent en fonction, et le travail normal du gouvernement se poursuit. »