Les principaux créanciers de Thames Water, le groupe d’approvisionnement en eau le plus endetté du Royaume-Uni, ont élaboré une nouvelle proposition destinée à convaincre le gouvernement de renoncer à une mise sous tutelle publique. Cette offre, qui repose sur l’attribution d’une « golden share » à l’État, vise à donner à l’exécutif un droit de regard stratégique sans engager de nationalisation complète.

Selon des sources proches des discussions, les détenteurs de titres seniors de la compagnie ont amélioré leur précédente mouture pour répondre aux exigences formulées par le nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Burnham. La proposition inclurait des mécanismes de gouvernance renforcés et des garanties financières supplémentaires, afin d’écarter le scénario d’une reprise en régie publique.

Une offre en réponse à la menace de nationalisation

L’exécutif travailliste, arrivé au pouvoir à l’issue des dernières élections générales, a fait de la renégociation du statut de Thames Water l’une de ses priorités. Face à l’accumulation d’une dette colossale, estimée à plus de 15 milliards de livres sterling, et à des années de sous-investissement dans les infrastructures, le gouvernement a activement exploré la voie d’une nationalisation pour rétablir un service public fiable.

Les créanciers seniors, qui détiennent la majorité des obligations de la société, craignent qu’une reprise par l’État n’entraîne une décote sévère de leurs titres. Leur contre-offre, détaillée ces derniers jours, prévoit la création d’une action spécifique – la « golden share » – conférant au gouvernement un pouvoir de veto sur les décisions stratégiques majeures, telles que les cessions d’actifs ou les augmentations de capital, sans que l’État n’ait à injecter des fonds publics massifs.

Les modalités encore à affiner

Les contours précis de la proposition restent à finaliser. Les négociations portent notamment sur le niveau exact des pouvoirs attachés à cette action spéciale, ainsi que sur les engagements d’investissement que les créanciers sont prêts à prendre pour moderniser le réseau vieillissant de Thames Water, qui dessert plus de 15 millions de clients dans le sud-est de l’Angleterre.

Les représentants des obligataires soulignent que leur démarche vise à éviter une procédure coûteuse et incertaine devant les tribunaux. En cas de nationalisation forcée, les créanciers ont déjà engagé des préparatifs juridiques, comme l’a rapporté la presse spécialisée, mais ils privilégient une solution négociée qui préserverait la valeur de leurs investissements tout en répondant aux préoccupations des pouvoirs publics.

Un contexte politique sous tension

L’annonce de cette offre intervient alors que le gouvernement Burnham doit faire face à une opinion publique largement favorable à un retour sous contrôle public de Thames Water, après des scandales récurrents de fuites et de rejets d’eaux usées. Le parti au pouvoir a promis pendant la campagne électorale de « reprendre le contrôle de l’eau », et tout renoncement à la nationalisation pourrait être perçu comme un recul.

Les créanciers espèrent que la proposition de « golden share » trouvera un écho favorable au sein de l’exécutif, en offrant une alternative moins brutale sur le plan financier et juridique. Les consultations se poursuivent dans les prochains jours, sans qu’aucune décision n’ait encore été officialisée par le gouvernement.