Les créanciers seniors de Thames Water viennent de soumettre une proposition au gouvernement britannique pour lui conférer un droit de regard renforcé sur la gestion du service des eaux. Cette offre, qui prend la forme d’une « golden share », vise à dissuader le nouveau Premier ministre, Andy Burnham, de placer l’entreprise sous administration spéciale.

Selon des informations concordantes, les détenteurs de la dette la mieux gagée du groupe estiment que cette « action spécifique » permettrait au pouvoir public d’exercer un contrôle stratégique sans pour autant procéder à une nationalisation complète. La démarche constitue un revirement significatif : jusqu’à présent, les mêmes créanciers s’étaient préparés à engager une bataille juridique si l’État décidait de mettre la compagnie sous tutelle.

Une offre pour désamorcer la menace d’une intervention étatique

La proposition intervient alors que la situation financière de Thames Water, lourdement endettée, suscite des inquiétudes croissantes. Le nouveau locataire du 10 Downing Street, Andy Burnham, avait laissé entendre qu’il n’excluait pas le recours à une procédure de « special administration », mécanisme qui placerait temporairement l’entreprise sous le contrôle direct des autorités.

En offrant une « golden share », les créanciers espèrent préserver leurs intérêts tout en répondant aux exigences politiques de transparence et de régulation. Ce type d’action confère généralement un droit de veto sur certaines décisions stratégiques, sans donner à l’État la propriété pleine et entière de l’actif.

Un changement de cap stratégique

Jusqu’à une date récente, les créanciers seniors multipliaient les consultations juridiques en vue de contester toute forme de nationalisation. L’option d’une action en justice était présentée comme leur principal moyen de défense. La nouvelle offre indique que les discussions de couloir ont finalement pris le pas sur l’affrontement judiciaire.

Les modalités précises de la « golden share » n’ont pas été dévoilées, mais elle devrait offrir à l’État un pouvoir de blocage sur des décisions majeures telles que les nominations de dirigeants, les cessions d’actifs ou les augmentations de tarifs. Les créanciers espèrent ainsi convaincre le gouvernement que cette solution alternative est plus efficace et moins coûteuse qu’une administration forcée.

Réactions attendues du gouvernement

Downing Street n’a pas encore officiellement répondu à cette proposition. Andy Burnham, qui a fait de la régulation des services publics l’une de ses priorités, pourrait être tenté d’examiner l’offre afin d’éviter une crise politique et financière. Toutefois, certains observateurs soulignent que la simple création d’une « golden share » ne résoudrait pas les problèmes de fond de Thames Water, notamment son endettement colossal et la vétusté de ses infrastructures.

Les jours à venir seront décisifs. Si le gouvernement rejette l’offre, les créanciers pourraient revenir à leur stratégie défensive initiale et enclencher les procédures judiciaires déjà préparées. Dans le cas contraire, un nouveau modèle de cogestion pourrait voir le jour, offrant un compromis inédit entre propriété privée et contrôle public.