Le Parti socialiste (PS) a officialisé lundi 8 juin le lancement de son nouveau think tank, « Noûs », lors d'une soirée organisée à la Rotonde de Stalingrad, à Paris. Ce groupe de réflexion se présente comme un « outil de bataille culturelle et de reconquête », selon l'un de ses coprésidents, Gaston Laval. Il a précisé que le nom, emprunté au grec ancien, signifie « intelligence collective » et que l'instance dispose d'« une carte blanche sur les idées » afin d'explorer les nouvelles lignes de fracture et les impensés de la gauche.

La controverse autour de Didier Lallement

L'événement a immédiatement suscité une vive polémique en raison de la présence de Didier Lallement, ancien préfet de police de Paris. Ce haut fonctionnaire est demeuré célèbre pour son rôle lors de la répression du mouvement des Gilets jaunes, une période marquée par des accusations de violences policières. Plusieurs voix issues des organisations de jeunesse socialistes se sont élevées pour dénoncer son invitation, estimant qu'elle est incompatible avec les valeurs historiques de la gauche. Des militants ont exprimé leur incompréhension et leur colère sur les réseaux sociaux, tandis que des responsables de mouvements étudiants ont fait savoir que cette décision « heurte profondément » la base militante.

Un appel à l'autocritique

Dans son discours de lancement, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a justifié la démarche en invitant les socialistes à réfléchir sur « ce que nous avons mal fait ». Il a souligné la nécessité de « penser contre soi-même » pour renouveler la doctrine du parti. Cette volonté d'ouverture, qui inclut des intervenants issus de divers horizons, y compris de la droite républicaine ou de l'administration, a été défendue par la direction comme une marque d'indépendance intellectuelle. Toutefois, les critiques y voient une rupture avec les engagements traditionnels du PS en matière de droits civiques et de libertés publiques.

Des dissensions internes

Plusieurs sections de jeunes socialistes ont publiquement désapprouvé le choix des invités. Dans un communiqué, une fédération locale a estimé que « la mémoire des victimes de violences policières ne peut être bafouée par un tel partenariat ». D'autres groupes ont annoncé qu'ils ne participeraient pas aux travaux du think tank tant que cette question ne serait pas clarifiée. La direction du parti, interrogée, n'a pour l'instant pas commenté ces critiques, se contentant de réaffirmer que « Noûs » se veut un espace de débat ouvert et pluraliste.

Un pari risqué

Le lancement de « Noûs » intervient dans un contexte de reflux électoral pour le PS et de fragmentation de la gauche française. Alors que le parti cherche à se repositionner idéologiquement, cette polémique met en lumière les fractures internes entre une ligne jugée trop conservatrice et une aile plus radicale. Reste à savoir si cette initiative parviendra à fédérer ou si elle approfondira les divisions. Pour l'heure, la controverse autour de Didier Lallement semble avoir éclipsé l'ambition initiale du think tank, qui devait justement incarner le renouveau de la pensée socialiste.