Le tribunal correctionnel a entendu les réquisitions du ministère public à l'encontre d'un homme poursuivi pour avoir administré un site internet consacré à la diffusion de deepfakes à caractère sexuel. Le parquet a demandé une peine de trois ans de prison ferme, assortie d'une période de sûreté, ainsi que l'inscription au fichier des auteurs d'infractions sexuelles.
Des milliers d'images truquées en ligne
L'informaticien, dont l'identité n'a pas été divulguée, gérait la plateforme baptisée CFake. Selon les éléments communiqués lors de l'audience, ce site hébergeait plusieurs milliers de vidéos et photographies obtenues en substituant numériquement le visage de victimes – pour la plupart des femmes – sur des corps nus ou dans des situations pornographiques. Ces contenus étaient créés sans l'autorisation des personnes dont l'image était utilisée.
Les enquêteurs ont recensé des victimes dans de nombreux pays, parmi lesquelles des personnalités publiques, des influenceuses et des anonymes. La plateforme fonctionnait selon un modèle économique fondé sur la vente d'abonnements et de publicités, générant des revenus substantiels pour son administrateur.
Le procès et les réquisitions
L'audience s'est tenue à huis clos partiel, plusieurs parties civiles ayant demandé la confidentialité de leurs déclarations. Au cours des débats, certaines victimes ont témoigné de l'impact psychologique de cette diffusion non consentie. L'une d'elles s'est exprimée en ces termes : « Je me sens salie, humiliée », décrivant le sentiment de viol subi par la manipulation de son image.
Le représentant du parquet a estimé que les faits constituaient une atteinte grave à la vie privée et à la dignité des personnes concernées. Il a requis une peine de trois années d'emprisonnement, dont une partie pourrait être assortie d'un sursis, ainsi qu'une interdiction définitive d'exercer toute activité en lien avec l'informatique. Le tribunal a mis sa décision en délibéré.
Un phénomène en expansion
Cette affaire illustre la montée en puissance des deepfakes, ces contenus synthétiques hyperréalistes générés par intelligence artificielle. Si la technologie peut être utilisée à des fins artistiques ou de divertissement, son application non consensuelle à caractère sexuel constitue une dérive inquiétante. Les associations de défense des droits des femmes et les autorités judiciaires alertent régulièrement sur la difficulté à endiguer ce phénomène, en raison de la rapidité de diffusion sur internet et de l'anonymat relatif des créateurs.
En France, la législation a été renforcée ces dernières années pour réprimer plus sévèrement la création et la diffusion de deepfakes pornographiques. Les peines encourues peuvent atteindre plusieurs années de prison et de lourdes amendes. Ce procès pourrait faire jurisprudence dans la lutte contre ces atteintes numériques à l'intégrité des personnes.