La Réserve fédérale américaine a publié mercredi le compte-rendu de sa réunion de politique monétaire de juin, la première sous la présidence de Kevin Warsh. Ce document révèle des tensions internes : plusieurs responsables estimaient qu’une hausse des taux d’intérêt aurait pu être justifiée pour lutter contre la résurgence de l’inflation, qui a atteint son plus haut niveau en trois ans.
Selon le procès-verbal, quelques participants ont indiqué qu’ils auraient pu soutenir un relèvement des taux dès la réunion de juin. Les discussions ont mis en évidence une inquiétude croissante quant à la persistance des pressions inflationnistes, décrites comme « bien au-dessus » de l’objectif de 2 % fixé par la Fed. Plusieurs membres ont souligné que ces tensions s’étaient « élargies » à l’ensemble de l’économie.
Des craintes alimentées par la guerre et l’IA
Le conflit avec l’Iran est cité comme un facteur ayant aggravé les pressions sur les prix. Par ailleurs, la demande explosive liée au développement des infrastructures d’intelligence artificielle a contribué à stimuler l’activité économique, renforçant les risques inflationnistes. Les minutes indiquent que, si l’inflation ne ralentissait pas, une grande majorité des responsables se disaient prêts à resserrer la politique monétaire, en particulier si le marché du travail restait solide.
« Dans de tels scénarios, presque tous ces participants ont indiqué qu’un certain durcissement de la politique serait probablement justifié pour ramener l’inflation à 2 % », précise le compte-rendu. En revanche, si l’inflation revenait rapidement à cet objectif, presque tous les responsables estimaient qu’il conviendrait de maintenir les taux inchangés, voire de les abaisser ultérieurement.
Un partage d’opinions
Lors de la réunion de juin, la Fed avait décidé de maintenir les taux dans une fourchette de 3,5 % à 3,75 %. Mais le procès-verbal montre que les avis étaient presque également partagés sur la nécessité d’une hausse. Ceux qui penchaient pour un resserrement craignaient que le niveau actuel des taux ne soit pas suffisamment restrictif pour freiner l’activité et contenir l’inflation, laquelle a bondi après la guerre avec l’Iran, dépassant l’objectif depuis cinq ans. Les partisans du statu quo faisaient valoir que la récente flambée des prix pourrait s’atténuer d’elle-même, tout en reconnaissant une forte incertitude.
Un style de communication resserré
Autre fait notable : les minutes de cette réunion sont sensiblement plus courtes que celles publiées sous les mandats précédents. Cette réduction traduit la volonté de Kevin Warsh de simplifier la communication de l’institution, après avoir déjà supprimé le « dot plot » — le graphique des projections des taux — et raccourci le communiqué final. Cette approche, qui tranche avec la transparence exhaustive de ses prédécesseurs, a suscité des interrogations sur le degré d’information offert aux marchés et au public.
Le compte-rendu complet est disponible sur le site de la Réserve fédérale.