Le président des États-Unis, Donald Trump, a menacé jeudi de s'emparer de l'île de Kharg et d'autres infrastructures pétrolières iraniennes, tout en promettant de « très dures » frappes américaines dans la soirée. Cette escalade verbale survient alors que les frappes menées par Washington contre plusieurs cibles en Iran depuis deux jours compromettent sérieusement les pourparlers en vue d'un cessez-le-feu durable.

Dans un message publié sur son réseau Truth Social, M. Trump a affirmé que les forces américaines allaient « frapper l'Iran très fort ce soir », ajoutant que l'armée s'emparerait « à un moment donné dans un avenir pas trop lointain » de l'île de Kharg et d'autres « points d'infrastructure pétrolière » afin de prendre le « contrôle total de leurs marchés pétrolier et gazier ». Il a fait référence à l'action militaire américaine contre le Venezuela, qui avait inclus l'enlèvement du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro.

Une île stratégique

Surnommée l'« île interdite » en raison du strict contrôle militaire qui y est exercé, Kharg traite 90 % des exportations de pétrole brut de l'Iran. Dans un entretien accordé à Fox News après son message, M. Trump a déclaré que la prise de l'île avait toujours été sa « préférence », tout en admettant : « Je ne sais pas si l'Amérique en a l'estomac, honnêtement. » Il a précisé être toujours réticent à l'idée de déployer des troupes au sol en Iran.

Les déclarations de M. Trump interviennent alors que Téhéran estime que les frappes américaines des derniers jours ont vidé de leur substance les accords de trêve. Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères chargé des affaires juridiques et internationales, a décrit ces attaques comme « une nullification généralisée et complète du cessez-le-feu ». Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé que la reprise des frappes rendait la pause dans les combats « pratiquement dénuée de sens ».

Frappes réciproques

Les récentes frappes américaines ont notamment visé la ville portuaire de Bandar Abbas, l'île de Qeshm, ainsi que les localités de Sirik, Minab et Karaj, à l'ouest de Téhéran, selon des médias iraniens. En représailles, l'Iran a attaqué des bases américaines à Bahreïn, au Koweït et en Jordanie. M. Trump a également accusé l'Iran d'avoir abattu un hélicoptère américain dans le détroit d'Ormuz lundi.

À la suite de ces frappes, l'Iran a annoncé la fermeture complète du détroit d'Ormuz, voie maritime artérielle devenue le principal levier de pression de Téhéran dans le conflit.

Selon des analystes, l'administration Trump utilise la pression militaire et un langage incendiaire pour tenter d'obliger l'Iran à conclure un accord. Les responsables américains laissent entendre depuis des semaines qu'un accord est proche, sans pour autant préciser les points de blocage concernant l'avenir du programme nucléaire iranien, le contrôle futur du détroit d'Ormuz ou la libération des fonds iraniens gelés. L'administration Trump est également contrainte par l'impératif politique d'obtenir un accord aux conditions plus favorables que le Plan d'action global conjoint (JCPOA) de 2015, dont M. Trump s'est retiré unilatéralement en 2018.

Abas Aslani, chercheur principal au Centre d'études stratégiques du Moyen-Orient, a estimé que l'administration Trump « veut escalader afin de créer un levier à la table des négociations pour pousser Téhéran à faire des concessions qu'elle n'a pas faites par le passé ».