Le président des États-Unis, Donald Trump, a remis sur la table son projet d'acquisition du Groenland, en suggérant que son pays pourrait retirer ses troupes stationnées en Europe si les alliés continuaient de s'opposer à cette revendication. Il s'est exprimé mardi, peu après son arrivée à Ankara (Turquie) pour prendre part au sommet de l'OTAN.
Cette déclaration constitue une escalade dans un dossier qui empoisonne les relations entre Washington et Copenhague depuis plusieurs années. Le Danemark, dont le Groenland est un territoire autonome, a systématiquement rejeté les offres américaines de rachat ou de contrôle. En liant explicitement la question groenlandaise à la présence militaire américaine en Europe, M. Trump brandit un levier de pression inédit à l'encontre de ses partenaires de l'Alliance atlantique.
Une arrivée sous le signe de la tension
Le président américain a été accueilli sur le tarmac de l'aéroport d'Ankara par le président turc Recep Tayyip Erdoğan. La rencontre bilatérale qui s'est ensuivie a notamment porté sur les enjeux de défense, mais la question du Groenland a rapidement éclipsé les autres sujets, selon plusieurs participants.
Interrogé par des journalistes, M. Trump a réitéré sa conviction que le Groenland représente un intérêt stratégique majeur pour les États-Unis, en raison de sa position dans l'Arctique et de ses ressources naturelles. Il a estimé que les oppositions européennes à ce projet étaient « irrecevables » et a laissé entendre que Washington pourrait réviser ses engagements militaires sur le Vieux Continent si ses demandes continuaient d'être ignorées.
Un précédent dans l'histoire des relations transatlantiques
Cette menace intervient alors que les États-Unis maintiennent environ 100 000 soldats en Europe, un pilier de la dissuasion face à la Russie. L'idée d'un retrait, même partiel, suscite déjà d'vives inquiétudes parmi les alliés européens, qui y voient une remise en cause du principe de défense collective.
Le Groenland, territoire danois depuis le XVIIIe siècle, dispose d'une large autonomie. Sa capitale, Nuuk, a déjà fait savoir par le passé qu'elle n'était pas à vendre. Le premier ministre groenlandais, Múte Bourup Egede, avait qualifié en début d'année les visées américaines de « scénario irréaliste ». La nouvelle sortie de M. Trump risque de raviver les tensions diplomatiques entre Copenhague, Nuuk et Washington.
Un sommet sous haute surveillance
Le sommet de l'OTAN, qui se tient dans la capitale turque, doit officiellement traiter de la sécurité en Europe, de la guerre en Ukraine et des défis posés par la Chine. Mais les déclarations du président américain sur le Groenland devraient monopoliser une partie des discussions informelles. Plusieurs chefs d'État et de gouvernement européens ont d'ores et déjà exprimé leur soutien au Danemark, tout en appelant à la retenue.
Du côté de la Maison-Blanche, aucun responsable n'a souhaité préciser si un retrait des troupes était effectivement à l'étude. Un porte-parole a indiqué que le président « explorait toutes les options pour défendre les intérêts américains », sans plus de détails.
Un enjeu arctique de plus en plus disputé
Au-delà de la question militaire, le Groenland occupe une place croissante dans les rivalités géopolitiques autour de l'Arctique. Le réchauffement climatique ouvre de nouvelles routes maritimes et rend plus accessibles des gisements de minerais rares, de pétrole et de gaz. Pékin a également manifesté son intérêt pour la région, avec des investissements dans les infrastructures minières, ce qui alimente les craintes américaines d'une influence chinoise à proximité de leur territoire.
En remettant le Groenland au centre du jeu diplomatique, Donald Trump cherche à la fois à satisfaire sa base électorale, sensible à une politique de puissance, et à envoyer un signal fort à ses alliés comme à ses adversaires. Reste à savoir si cette stratégie de la tension portera ses fruits ou si elle achèvera de fracturer l'unité de l'Alliance atlantique.