La Maison-Blanche a transmis mercredi 24 juin une demande de financement d'urgence au Congrès, sollicitant 87,6 milliards de dollars (environ 79 milliards d'euros) de dépenses supplémentaires. La majeure partie de cette somme, estimée entre 67 et 70 milliards de dollars, est destinée au département de la Défense pour couvrir les coûts liés à la guerre menée contre l'Iran, baptisée « Opération Fureur Épique ».

Selon le détail communiqué par l'exécutif, cette enveloppe militaire comprend près de 21 milliards de dollars pour les munitions, 17,3 milliards pour les frais opérationnels et 12,1 milliards pour des programmes classifiés. Les fonds doivent également permettre de reconstituer les stocks du Pentagone, mis à rude épreuve par le conflit. Un cessez-le-feu est actuellement en vigueur entre Washington et Téhéran, mais les combats ont lourdement pesé sur les capacités logistiques américaines.

Le reste de la demande, environ 20 milliards de dollars, finance des programmes non liés à la guerre. Sont notamment prévus 11 milliards de dollars d'aide aux agriculteurs américains, 1,4 milliard pour lutter contre l'épidémie d'Ebola en Afrique centrale et 1 milliard pour achever la rénovation de la gare de Pennsylvania Station à New York.

Le Bureau de la gestion et du budget (OMB) a transmis la requête par courrier au président de la Chambre des représentants, Mike Johnson. Son directeur, Russell Vought, a exhorté les parlementaires à agir « dès que possible » sur ce dossier « important et urgent ».

Un contexte politique tendu

Cette demande intervient au lendemain d'un vote au Congrès adoptant une résolution sur les pouvoirs de guerre, enjoignant au président Trump de mettre fin aux opérations militaires contre l'Iran ou de solliciter l'approbation explicite du Congrès. Il s'agit de la première résolution de ce type à être adoptée par les deux chambres depuis l'entrée en vigueur de la loi sur les pouvoirs de guerre de 1973. Quatre sénateurs républicains — Lisa Murkowski (Alaska), Susan Collins (Maine), Bill Cassidy (Louisiane) et Rand Paul (Kentucky) — ont voté avec les démocrates, tandis que deux autres se sont abstenus.

La fracture au sein du Parti républicain reflète le mécontentement croissant de l'opinion publique. Un sondage réalisé par Ipsos et l'agence Reuters indique que seuls 24 % des Américains estiment que la guerre en Iran en valait le coût.

Mercredi, le président Trump s'est invité à un déjeuner à huis clos des sénateurs républicains sur le Capitole. Il y a critiqué les élus ayant soutenu la résolution. Selon des témoignages, le sénateur Bill Cassidy s'est levé pour défendre son vote, déclarant que le président n'avait « pas dit au peuple américain ce qui se passait ».

Des perspectives législatives incertaines

La proposition de financement semble vouée à un parcours difficile au Sénat, où toute loi de dépenses doit obtenir 60 voix pour être adoptée. Les démocrates, quasi unanimes dans leur opposition à la guerre, ont d'ores et déjà annoncé qu'ils ne voteraient pas en faveur de ce financement. Certains républicains, qui avaient jusque-là soutenu le président, commencent à s'interroger sur le coût, les objectifs et les perspectives de sortie du conflit, alors que les pourparlers de paix piétinent.

Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a multiplié ces derniers jours les entretiens privés avec des élus républicains pour défendre l'urgence d'un réapprovisionnement en armes. Mais avec les élections de mi-mandat qui se profilent en novembre, l'appétit politique pour un nouveau programme de dépenses massif reste limité.

L'administration devra convaincre non seulement les démocrates, mais aussi une partie de sa propre majorité, pour espérer voir cette demande aboutir.