Le fondeur taïwanais Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) a officialisé, lors de la présentation de ses résultats trimestriels, un nouvel engagement financier massif sur le sol américain. L’entreprise prévoit d’injecter 100 milliards de dollars supplémentaires dans ses installations en Arizona, ce qui porte le montant total de ses investissements aux États-Unis à 265 milliards de dollars. Cette décision, annoncée le 16 juillet 2026, constitue l’un des plus importants engagements jamais pris par un investisseur étranger dans l’histoire américaine.
Cette nouvelle tranche devrait financer la construction de quatre nouvelles usines de fabrication de puces, connues sous le nom de « fabs », s’ajoutant aux six déjà en construction ou programmées, ainsi qu’à deux installations d’assemblage avancé et un centre de recherche et développement. Selon des informations disponibles, ces futures unités pourraient être implantées sur un vaste terrain de 900 acres acquis par TSMC plus tôt dans l’année à proximité de Phoenix.
Une croissance portée par l’IA
L’annonce coïncide avec la publication de résultats financiers exceptionnels. Au deuxième trimestre 2026, le bénéfice net de TSMC a bondi de 77 % par rapport à la même période de l’année précédente, pour atteindre l’équivalent de 22 milliards de dollars. Son chiffre d’affaires trimestriel a progressé de 36 %, à 40,2 milliards de dollars. Cette performance, largement supérieure aux prévisions des analystes, reflète l’explosion de la demande de semi-conducteurs nécessaires aux centres de données dédiés à l’intelligence artificielle et aux appareils intelligents.
Le directeur général de TSMC, C.C. Wei, a expliqué que l’expansion aux États-Unis comme ailleurs dans le monde répond avant tout à ce qu’il a qualifié de « mégatendance de l’IA ». Il a précisé que le calendrier de construction des nouvelles usines dépendrait « de la situation du marché », sans donner d’échéance précise, mais en assurant que l’entreprise ferait tout pour accélérer le processus. « Nous n’avons pas de calendrier aujourd’hui, mais nous avons un plan, et nous essaierons d’accélérer autant que possible », a-t-il déclaré lors de la conférence téléphonique avec les analystes.
Pression politique et accord commercial
Cet investissement s’inscrit dans un contexte de forte pression de l’administration Trump pour rapatrier sur le territoire américain la fabrication de composants stratégiques. Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président Donald Trump a multiplié les menaces de droits de douane élevés contre Taïwan et l’industrie mondiale des semi-conducteurs si les entreprises ne délocalisaient pas leur production aux États-Unis. En janvier 2026, Washington a conclu un accord ramenant les tarifs douaniers sur les marchandises taïwanaises à 15 %, en échange d’investissements massifs destinés à renforcer la production domestique de puces.
Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, a salué l’initiative de TSMC. « La politique du président Trump pousse les entreprises à investir dans la fabrication américaine », a-t-il déclaré dans un communiqué. « L’annonce par TSMC d’un investissement supplémentaire de 100 milliards de dollars, après notre accord historique sur le commerce et l’investissement avec Taïwan, créera des dizaines de milliers d’emplois américains et ramènera la fabrication avancée de semi-conducteurs en Amérique. »
Des retombées économiques attendues
C.C. Wei a souligné que cet effort contribuerait à « favoriser le développement de l’écosystème américain des semi-conducteurs, renforcer la chaîne d’approvisionnement et soutenir un nombre croissant d’emplois américains hautement qualifiés et bien rémunérés ». Les autorités américaines tablent sur la création de plusieurs dizaines de milliers de postes directs et indirects.
Par ailleurs, le dirigeant a rappelé que TSMC poursuit également ses expansions à Taïwan et au Japon, afin de répondre à une demande mondiale qui ne faiblit pas. Le groupe, dont la capitalisation boursière avoisine 2 000 milliards de dollars après une hausse de plus de 55 % de son action depuis le début de l’année, prévoit des dépenses d’investissement pouvant atteindre 64 milliards de dollars pour l’exercice en cours.
Un tournant pour la souveraineté technologique américaine
Cet engagement sans précédent illustre la volonté de la première économie mondiale de réduire sa dépendance vis-à-vis de l’Asie pour la production de puces les plus avancées, en particulier dans un contexte de tensions géopolitiques autour de Taïwan. TSMC, qui fabrique les processeurs conçus par Nvidia, Apple et d’autres géants de la tech, devient ainsi l’un des piliers de la stratégie de réindustrialisation américaine dans le secteur des semi-conducteurs.